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Copa Cinema

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De la critique subjective mais juste


La vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche)

Publié par copa738 sur 16 Octobre 2013, 19:30pm

Catégories : #Films (Romance)

La vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche)

 Synopsis : À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...

 

Une durée de trois heures, un tournage devenu culte, beaucoup de coups-bas entre le réalisateur et les deux actrices principales, l'auteur de la bande-dessinée adaptée snobée, un problème de classification à cause des scènes sexuelles explicites, une Palme d'Or, décidément on n'aura rarement vu un film qui a plus fait parler avant sa sortie qu'après. La vie d'Adèle va au-delà du film, au-delà de la simple histoire, au-delà du pro-LGBT, c'est même un film qui se détache de tout ces films avec une certaine portée philosophique, politique, morale, etc. C'est avant tout une œuvre très esthétique, qui raconte une histoire en y transmettant un maximum d'émotion. Pour cela, Kechiche utilise (abuse ?) le gros plan. Acte sexuel non-dissimulé, morve au nez, larmes, étincelle dans les yeux, complicité du regard, fébrilité, pensées et émotions multiples, il magnifie le jeu des deux actrices en captant sur leur visage, leur corps, toute l'intimité que partagent des êtres amoureux, une mise à nu dans tous les sens du terme.

 

On ne s'attardera pas trop sur la performance du duo d'actrice que forment Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, tant les mots manquent. Elles forment l'un des plus beaux couples de cinéma du vingt-et-unième siècle. Elles imposent leur talent (on a beau critiquer Léa Seydoux et la trouver ''limite'' dans certaines scènes, sa performance est honorable, et Adèle est une révélation, le César de la meilleure actrice se profile gentiment), et occupent une place centrale dans le film, comme si la caméra se focalisait uniquement sur leur gestes, leurs émotions. On les voit rire, pleurer, faire la tête, jouir, on croirait même les entendre penser, les voir douter, paniquer. Kechiche filme ses deux actrices avec une délicatesse rarement vue. Il parvient également à dompter le spectateur, le forçant à regarder des scènes en temps normal gênantes, mais en créant un climat de passion (comme si l'éveil sexuel d'Adèle était devenu notre préoccupation première). La première fois avec un homme en demi-teinte, on la sent douter. Les scènes d'amour entre les deux femmes font partie des points culminants du film : ces longues séquences perturbent car elles sont saisissantes de réalisme et présentent un grand concentré d'émotions qui passent dans les gestes du corps (le réalisateur n'a pas besoin ici des gros plans). De plus, dans une scène furtive où les deux personnages sont au musée, Kechiche enchaîne les plans en y plaçant, à chacun, une image d'une paire de fesse de marbre blanc, sur des statues nues. Il nous force à regarder la réalité en face, comme si l'émotion transmise au spectateur passait aussi par son assomption d'un certain esprit pervers, ou tout simplement le fait d'accepter l'acte sexuel non comme de la pornographie, mais comme l'acte incontournable de toute histoire d'amour. Cette banalisation du sexe renforce les émotions, esthétise le film.

 

Bien qu'extrêmement complexe et dense (on pourrait parler de La vie d'Adèle, débattre pendant des heures), le film fonctionne à deux vitesses. Les deux premières heures du film sont un parfait exemple d'une vraie grande fresque, avec les débuts de l'amour d'une lycéenne, le cadre spatio-temporel peu détaillé, mais une multitude de longues discussions (celle dans le bar entre Emma et Adèle, qui s'installe dans la longueur, n'est peut-être pas à ranger dans la catégorie des meilleurs dialogues, mais impressionne de réalisme). Au final, ces deux premières heures sont un concentré de scènes qui se valent toutes, avec cette sensation d'être au cœur de l'action, et de s'éveiller en même temps que les protagonistes : on tombe amoureux d'Adèle en s'identifiant à Emma, et on tombe amoureux d’Emma en s'identifiant à Adèle. Puis vient cette fameuse ellipse, où Kechiche oublie complètement de nous montrer l'installation de la routine du couple qu'il démolie devant nos yeux (la scène de l'engueulade, sommet émotionnel du film bien que Léa Seydoux n'y soit pas très aidée par les dialogues). Cette ellipse débute par la réception des amis bourges d'Emma, là où une confrontation de deux mondes (déjà esquissée lors de la rencontre des parents riches/ouverts/bobos d'Emma et celle des parents modestes/fermés/beaufs d'Adèle) qui ne se correspondent pas. Cette scène est la preuve qu'il est possible d'orchestrer un retournement de situation en l'installant dans la longueur. Tout passe par l'émotion du visage d'Adèle, qui est complètement mise à l'écart (par les personnages, mais aussi dans le cadre de la caméra). Mais malgré ces deux grandes scènes, Kechiche confond ellipse et éclipse, et du coup, beaucoup de détails que l'on jugerait d'importants, sont escamotés (l'acceptation des parents d'Adèle, le BAC, les études, la vie à deux, l'homophobie des autres). Au lieu de cela, il nous montre beaucoup de scènes du travail d'Adèle (inutiles et peu correspondantes à l'univers esthétique du film), et deux dernières grandes scènes très fortes mais qui passent un peu à côté de la trame principale (les scènes du café et de l'exposition sont l'illustration parfaite que le film finit par s’essouffler). Le dernier plan demeure tout de même magnifique.

 

En résumé, très grand film qui nous est proposé par un Abdellatif Kechiche soucieux de faire naître des émotions ancrées au plus profond de nous, à travers cette histoire d'amour tabou, dévoilée au grand public au moment même où les débats sur l'égalité entre hétéros et homos dominaient le territoire français.

 

 

4 étoiles et demi

Commenter cet article

ASBAF 29/10/2013 12:13

Je sais pas si les scènes de sexe esthétisent le film, elles ont en tout cas esthétisés mon calbut.

copa 29/10/2013 13:39

J'ai rit..

Squizzz 23/10/2013 23:46

On est globalement d'accord, même si personnellement, ce que j'ai préféré dans la 2nde partie c'est justement les scènes d'Adèle à l'école. Elles sonnent très juste (plus que celles du couple qui se déchire, notamment la dispute expédiée en 2 secondes), elles sont l'unique échappatoire d'Adèle. Contrairement à toi je pense qu'elles ont une réelle importance car elles montrent qui est vraiment Adèle, c'est (en partie) pour cette vie, parce qu'elle ne veut pas renoncer à ce qu'elle est, que son histoire avec Emma échoue.

Squizzz 26/10/2013 19:46

J'aime bien l'idée qu'après avoir assisté à l'apprentissage de la vie d'Adèle, ce soit à elle d'ouvrir l'esprit des plus jeunes à la vie

copa 26/10/2013 12:38

Moi je les ai trouvé un peu fausses, enfin, j'ai trouvé que ça ne collait pas trop avec l'esthétisme du film (les scènes à l'école sont filmées vraiment de manière simpliste).
Après, c'est fait aussi pour montrer l'écart entre le travail d'Emma et celui d'Adèle, et un peu pour répondre symétriquement aux "années-lycée" d'Adèle.

selenie 22/10/2013 12:20

Un peu surestimé à mon goût, trop d'esbrouffe et trop démonstratif, voir voyeur car autant de longueur sur certaines scènes (et je ne parle pas que sexe, mais aussi celles du diner familial ou de la manif) n'est pas franchement nécessaire au récit... 2/4

Wilyrah 17/10/2013 21:05

Effectivement un très grand film, qui s'effoufle un brin dans le dernier acte. Mais il faut dire qu'il était tellement haut avant.

http://www.lebleudumiroir.fr/?p=5089

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