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Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


Snow Therapy (Ruben Östlund)

Publié par copa738 sur 12 Février 2015, 13:56pm

Catégories : #Films (Drame)

Snow Therapy (Ruben Östlund)

Synopsis : Une famille suédoise passe ensemble quelques précieux jours de vacances dans une station de sports d’hiver des Alpes françaises. Le soleil brille et les pistes sont magnifiques mais lors d’un déjeuner dans un restaurant de montagne, une avalanche vient tout bouleverser. Les clients du restaurant sont pris de panique, Ebba, la mère, appelle son mari Tomas à l’aide tout en essayant de protéger leurs enfants, alors que Tomas, lui, a pris la fuite ne pensant qu’à sauver sa peau… Mais le désastre annoncé ne se produit pas, l’avalanche s’est arrêtée juste avant le restaurant, et la réalité reprend son cours au milieu des rires nerveux. Il n’y a aucun dommage visible, et pourtant, l’univers familial est ébranlé.

 

Orchestrer le drame familial est un art noble, tant l'exercice est périlleux. Direction d'acteurs, cadrages, rythme : tout doit être savamment dosé, sous peine de donner un film indigeste. Snow Therapy est réglé comme du papier à musique, et s'inscrit dans le cercle fermé de ces grands films où il ne se passe pas grand chose, mais où tout coule de source. Drame parsemé d'humour, étude sociologique élaborée, le film de Ruben Östlund explore de manière intimiste les relations humaines, par le biais d'une histoire anecdotique. Divers thèmes sont abordés : l'effet papillon, le modèle viril du père de famille, l'adultère, le divorce ou encore les multiples visions du mot vérité, et les interprétations diverses d'un événement.

 

Au-delà d'un fond extrêmement élaboré, Snow Therapy compose avec une identité visuelle et (surtout) sonore, contribuant à une tension pesante, qui est la principale force du film. Que ce soit par plans fixes, prises de vue par steadicam, le bourdonnement d'un drone, d'une brosse à dent électrique ou le bruit d'une explosion, le film met son spectateur en condition. La gravité du scénario est amplifiée par cette mise en scène d'une grande brillance.

 

Le plus important est que l'on se pose des questions. On interprète les scènes différemment du voisin, on soutient soit les enfants, soit la femme, soit le mari. On se met à leur place également, on souffre, en rigole, on doute. Au final, on ne tire que peu de conclusions, car le film n'a pas la prétention d'en apporter une, se contentant de poser des questions. La mise en scène très intimiste de Ruben Östlund contribue paradoxalement à prendre du recul sur l'histoire, et à la considérer comme une fiction (peu de chance que cela nous arrive, il faut le reconnaître), mais une fiction qui rappelle des souvenirs. On a tous eu ce réflexe égoïste face à la peur, cette spontanéité qui nous trahi dans un monde dogmatisé à l'extrême. Ces clichés sur le modèle familial et humain sont synthétisés lors de ce final en trois parties (dernière descente de ski, puis voyage en bus, puis descente de la montagne à pied). Cette fin si magnifique (car imprévisible, ni joyeuse ni triste) illustre parfaitement ce que véhicule Snow Therapy depuis près de deux heures : c'est-à-dire la non-justesse de nos rôles respectifs, les relations familiales comme une science non-exacte. On retiendra longtemps l'image de ce père de famille, descendant fièrement de la montagne, en tête de cortège, fumant un cigarette comme un ''papa''. Un papa qui pourtant, 4 jours avant, était celui qui préféra sauver son iPhone plutôt que sa famille.

 

En résumé, belle claque émotionnelle et psychologique, Snow Therapy possède un concept relativement banal, mais se présente comme une très juste étude sociologique, sans oublier de nous divertir avec qualité. 

 

4 étoiles-copie-1

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