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Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


Réalité (Quentin Dupieux)

Publié par copa738 sur 3 Mars 2015, 10:55am

Catégories : #Films (Comédie Dramatique)

Réalité (Quentin Dupieux)

Synopsis : Jason Tantra, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d'horreur. Bob Marshall, un riche producteur, accepte de financer son film à une seule condition : Jason a 48 heures pour trouver le meilleur gémissement de l'histoire du cinéma…

 

Ce présentateur télé et son déguisement de rat, ce producteur qui abat des surfeurs depuis son balcon, Alain Chabat assis au milieu de mannequins sans visage, ce médecin à la tête ravagée par les boutons : bienvenue dans l'univers barré de Quentin Dupieux, farceur du cinéma français, qui nous livre ici un film absolument génial. Réalité possède une énergie dévastatrice. Manquant un poil de lisibilité (intrigue complexifiée à l'extrême), le film réalise pourtant l'exploit de manipuler son spectateur tout en le faisant rire (et la pilule passe mieux). Le principe du film est des plus simples : plusieurs histoires s'entremêlent durant 1h30, sans que le spectateur ne soit aidé pour déceler le vrai du faux, le rêve du réel, le passé du présent et le présent du futur.

 

Tout compte fait, Réalité ressemble beaucoup à Mulholland Drive. Les similitudes narratives et scénaristiques étant flagrantes, de nombreux détails viennent encore plus faire le lien : la cassette bleue en rapport avec la boîte bleue, le rapport avec le monde du cinéma (producteurs, tournage d'un film, Hollywood), ou encore les nombreux indices laissés en chemin par Dupieux pour comprendre l'intrigue (en parallèle avec les ''10 clés'' de Lynch). Là où le film de 2001 véhiculait une idée vraiment précise, Réalité offre une lecture plus large, si bien que les interprétations divergent après le générique de fin. Il est en effet difficile de comprendre le film tant le message est flou. Ce genre d'OCNI s'apprécie dans la réflexion post-séance, où le dialogue est créé. Malgré un manque de finesse par rapport à son presque-homologue Mulholland Drive, malgré une conclusion vague et des métaphores faciles, Réalité est un film brillant, qui tente de susciter la réflexion, tout en brouillant les pistes (certaines scènes sont hilarantes d'invraisemblance, et font naître en nous une sorte de rire nerveux). La critique de l'industrie cinématographique, du film indépendant, de la télévision (ce n'est pas pour rien que le scénario du film d'horreur de Jason soit l'attaque des postes de télévision contre les hommes), et toutes sortes de réflexions à propos de la vérité, de la folie, des rapports humains, en font un film jubilatoire.

 

Pour tendre à la perfection, on aurait peut-être voulu plus d'indices (ou en tous cas des clés plus visibles), un peu moins d'artifices (parfois, on frise l'extravagance gratuite). Cependant, Réalité est épatant. Chacune des histoires attise notre curiosité, et s'emmêlent parfaitement. Le rire, très important, est omniprésent, la faute à Jonathan Lambert et surtout au génial Alain Chabat. La musique, d'un répétitif schizophrène, nous immisce dans l'ambiance un peu paranoïaque du film. Cette quête du meilleur gémissement de l'histoire du cinéma, parallèle à la quête de la vérité autour d'une mystérieuse cassette par une petite fille, elle-même située dans un film imbriqué dans un film (ou peut-être l'inverse) ; tout cela intrigue, perturbe, si bien que le suspense anesthésie le spectateur, qui n'arrive plus à savoir où se trouve la Réalité avec un grand R. Les clés se trouvent dans des détails : l'endroit où Jason s'endort, le nom de la petite fille, la métaphore de l'eczéma interne répétée deux fois (exactement comme celle du Silencio dans Mulholland Drive). Peu importe si vous avez compris ou non, la réponse est seulement dans votre tête.

 

En résumé, film très épatant qui mériterait un second visionnage, voire une dizaine supplémentaire, pour en extraire toutes les subtilités que l'on n'avait pas pu voir en premier lieu : une grande réussite pour Quentin Dupieux.

 

4 étoiles-copie-1

 

Commenter cet article

niktou 17/03/2015 14:22

Je pense que l'étrangeté du film vient surtout du fait qu'il n'y a pas de mode opératoire secret à dénicher pour résoudre l'équation et remettre les morceaux en ordre. Pas de petit jeu intellectuel savant comme il peut y en avoir justement dans Mulholland Drive. La force du film est justement cette non-résolution maintenue jusqu'au bout. Dupieux étant plus intuitif que cérébral, ce qui semble l'intéresser est plus la manière harmonieuse dont toutes les intrigues s'agencent plutôt que les liens "logiques" entre elles. On dirait qu'il réfute le "bon sens" des scénarios où tout doit se justifier, prônant au contraire une narration débarrassée de toute contraintes réalistes et psychologiques, assumant une forme d'arbitriaire. Le film ne cesse de faire des arabesques sans se soucier de livrer le moindre sens conclusif.

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