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Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


Balada Triste (Alex de la Iglesia)

Publié par copa738 sur 14 Juillet 2011, 13:55pm

Catégories : #Films (Comédie Dramatique)

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Synopsis : Dans l’enceinte d’un cirque, les singes crient sauvagement dans leur cage tandis qu’à l’extérieur, les hommes s’entretuent sur la piste d’un tout autre cirque : la guerre civile espagnole. Recruté de force par l’armée républicaine, le clown Auguste se retrouve, dans son costume de scène, au milieu d’une bataille où il finira par perpétrer un massacre à coup de machette au sein du camp national. Quelques années plus tard, sous la dictature de Franco, Javier, le fils du clown milicien, se trouve du travail en tant que clown triste dans un cirque où il va rencontrer un invraisemblable panel de personnages marginaux, comme l’homme canon, le dompteur d’éléphants, un couple en crise, dresseurs de chiens mais surtout un autre clown : un clown brutal, rongé par la haine et le désespoir, Sergio. Les deux clowns vont alors s’affronter sans limite pour l’amour d’une acrobate, la plus belle et la plus cruelle femme du cirque : Natalia.

Quand on voit la puissance dégagée dans les 5 premières minutes de ce film, on se dit immédiatement qu'on va assister à un véritable chef d'œuvre. Mais à la manière de Sucker Punch (on met le paquet dès le début, et on laisse chavirer le navire ensuite), tout s'écroule dès la fin de la scène d'ouverture (après la mort du papa clown). Dotée d'une structure fragile comme un château de cartes mais d'une enveloppe garnie et attirante, Balada Triste partage et peut faire basculer le spectateur d'un côté (navet ou chef d'œuvre) en l'espace d'une scène, d'une tirade, d'une prise de vue. En plus d'être instable, il est doté de beaucoup trop de choses, qui finissent par faire déborder la marmite. La violence, omniprésente, n'est que trop mal gérée. Tout s'enchaine à une vitesse folle, sans véritables explications, sans pause, ni réflexion. Là où un film de Tarantino laisse le spectateur se reposer entre les moments sanglants, Balada Triste bourrine, remplit le panier à ras-bord, ce qui finis par percer le fond. Et ce surplus de violence, cette surcharge pondérale de rebondissements rendent chaque retournement de situation d'une banalité affligeante, et rendent, par la même occasion, le film de Alex de la Iglesia un peu trop lourd à digérer, à la limite du vomitif.

Balada Triste est typiquement un film d'auteur, soumis aux coups de folies de son metteur en scène, ainsi que toutes ces lubies et autres idées disproportionnées. Et pourtant, malgré son côté ''film personnel'' il fait trop appel à la subjectivité (là où c'est d'habitude les films grands publics qui le font). Et un film de ce genre qui laisse tant de place à nos goûts personnels, c'est un pari risqué : quitte ou double. Il suffit que notre esprit bascule du mauvais côté pour que l'on déteste, mais chaque côté est envisageable. Du côté objectif, le film semble plus que correct : la réalisation est saisissante, l'histoire originale, et les acteurs excellents. Certains moment sont drôles, d'autres font accélérer le rythme cardiaque et la symbolique demeure forte : un message antifasciste, anti-Franco, du point de vue d'un homme écorché d'un pays écorché. Mais même la parfaite maîtrise du metteur en scène ne parvient pas à redresser la barre. Notre subjectivité l'emporte, l'ennuie nous gagne, la balada triste s'est vite transformée en balada soporifica, dommage.

Qu'il aurait été bon, si De la Iglesia était resté plus longtemps sur la séquence de la Guerre d'Espagne (le clown qui trucide du fasciste à la machette, c'est juste jubilatoire) et s'il s'était plus attardé sur la papa clown plutôt que le fils. En restant sur une note ultra-positive d'un début prometteur, on sent que le film change de sens, comme si on avait basculé d'un film à l'autre. C'est surprenant sur le coup, mais ça finit par lasser. Les personnages suivants ne nous font plus ressentir autant d'empathie que ceux d'avant. Le rythme ralenti considérablement, jusqu'à la crise de folie qui embraye sur une série de violences mal orchestrées, avec un mauvais goût pesant, et des situations qui tournent au ridicule. Pourtant, certains passages semblaient faire naître une émotion sans pareil (la scène du cinéma avec le chanteur Raphaël, le bouquet final dans la camionnette) et le spectateur est tout de même maintenu en éveil. Mais la fin du film, imprévue, mais trop abracadabrantesque, arrive comme un cheveux sur la soupe, un cheveux qu'on a vite-fais d'enlever pour se concentrer sur autre chose. Mais quelle autre chose ? Parce qu'il n'a rien d'autre à se mettre sous la dent. Rectification : il y a trop de choses à se mettre sous la dent. Ce surplus que je citais tout à l'heure, il gâche le plaisir, gave, et finit par lasser. Balada Triste, ou comment lésiner sur la qualité, en privilégiant la quantité...

En résumé, perplexe, je suis perplexe, c'est certainement l'un des plus mauvais films (subjectivement) que j'ai vu, mais je sais très bien que (objectivement), c'est l'un des meilleurs de l'année, mais la subjectivité l'emporte haut la main, c'est le film qui veut ça.

1 étoile et demi

Commenter cet article

Leto 22/07/2011 13:33

Il y a des films trop grandioses pour pouvoir être absorbés facilement 8)

neil 16/07/2011 10:05

Je comprends ton point de vue : j'ai aussi trouvé la mise en scène trop baroque, et j'avais parfois envie de dire au réalisateur de se poser deux minutes. Mais au final je suis plus indulgent car le film possède tout de même de grandes qualités à ne pas négliger.

Ben 15/07/2011 10:15

Je suis d'accord avec Robin. Le film témoigne d'une construction impossible parce que ravager par un désir de vengeance. La progression de l'homme vers le monstre, car dans le film c'est tourné comme une progression, est d'une excellence rare dans le thème de la monstruosité. Un très très grand film.

Robin 14/07/2011 20:29

C'est l'histoire du fils qui nous intéresse ici, pas celle du père. C'est la lutte entre ces deux clowns qui est l'essence du film. Le personnage du père introduit un thème de la vengeance extrêmement important dans l’emballage final (la scène d'automutilation et le meurtre de l'assassin de son père) tout en posant la psychologie du personnage, de façon très théorique mais indispensable.

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