Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


Battle Royale (Kinji Fukasaku )

Publié le 23 Octobre 2010, 17:40pm

Catégories : #Films (Action)

 

Synopsis : Dans un avenir proche, les élèves de la classe B de 3ème du collège Shiroiwa ont été amenés sur une île déserte par une armée mystérieuse. Un adulte surgit tout à coup devant eux : leur ancien professeur Kitano. Il leur annonce qu'ils vont participer à un jeu de massacre dont la règle consiste à s'entretuer. Seul le dernier des survivants pourra regagner son foyer. Kitano leur présente deux nouveaux élèves très inquiétants. Des coups de feu retentissent pour convaincre les incrédules. Selon la loi de réforme de l'éducation pour le nouveau siècle, ce sacrifice permettra de former des adultes sains. Abandonnés chacun à son sort avec de la nourriture et une arme, les adolescents disposent d'un délai de trois jours pour s'entretuer.

A peine revenu de son stage de journaliste, entretenir mon blog n'aurait pas été déconseillé... Il faut que je m'affaire au plus vite d'une critique de film car le départ en vacances approche et qu'il est prévu un pour dimanche un papier sur mes 50 films préférés (ce qui demande beaucoup de temps et de boulot).

Alors sans plus attendre voici une petite critique rapide sur un film vu deux semaines auparavant. Cette critique sera aussi agrémentée d'un petit mono-débat philosophique sur ce qui aurait pu se passer dans ce film avec d'autres schémas scénaristiques, autres contextes et autres protagonistes. Voilà donc la critique de Battle Royale.

Film japonais qui fit jaser bons nombres de cinéphiles occidentaux, œuvre d'une brutalité déconcertante et à l'histoire aussi originale que troublante, ce Battle Royale est ce qu'on peut appeler le ''renouveau du cinéma asiatique'' qui poussera certains cinéastes asiatiques (Miike, Wook, …) à se lancer dans des œuvres marquantes qui ne lésinent pas sur la violence.

Les premières questions qui viennent dès les toutes premières minutes se rejoignent toutes. On se met directement à la place des personnages, on se met dans leurs contextes psychologiques (anarchie scolaire, période de crise, manque de discipline, profs poignardés, …) et on se demande ce qui pourrait bien se passer si ce serai nous à leur place. Étant un collégien, je ne peux que m'identifier à eux, penser que je connais certains de mes camarades depuis des années et qu'il me serait incapable de les tuer. Mais la soif de liberté, de la vie ne peut-elle tout simplement pas tuer un être humain ? Comment expliquer ce fameux crash d'avion où les survivants durent manger les morts pour rester en vie ? Cela ne s'explique pas, c'est l'envie de vivre, de se surpasser pour ne pas mourir. Et peut-être que cela veut dire que tous les gens de ce monde sont d'une implacables cruauté, que la race humaine est déplorable et que ce ''jeu'' n'est que le fruit d'une étude ayant pour but de dénoncer la nature humaine. Mais sachant que c'est un film d'anticipation, on ne peut que redouter l'apparition de ces périodes de crises où les élèves sèchent les cours et où les meurtres s'enchainent. Ces petits problèmes, bien plus dangereux que la pénurie d'essence peuvent arriver à tous moments, et même si le jeu de BR est totalement absurde, imaginer un seul instant à une potentielle création de ce genre d'études serait inexplicable.

Maintenant la thèse du jeu étant écartée, s'attaquer au film en lui même serai facile. Une fois l'idée en tête que ce cas de figure est impossible, la violence graphique du film n'est presque que secondaire. Il est vrai qu'une hache plantée dans la tête ça fait mal, il est vrai que les bains de sang s'enchainent vite mais cela paraît tellement irréel que le contenu explicite (il n'y a pas de sexe) du film passe presque inaperçu. C'est finalement l'expression des visages qui marque le plus. Les filles assassines font peur tant leurs visages sont remplis de haine. Chaque meurtre s'explique ''naturellement'' et trouve une force narrative intéressante (aussi complexes que tous les meurtres de Pulp Fiction). Quant au jeu en lui-même, il n'est pas si con que ça. Le coup des armes en plastique révèle le côté approximatif d'un jeu si bien structuré (colliers explosifs avec micros, GPS, artillerie de soldats, interphone qui fonctionne sur tout l'île, heures de pointes organisées, etc, etc) et au final, le dénouement reste assez symbolique dans son ensemble.

Car oui, mesdames, messieurs, ce final rappelle une grande chose fondamentale (vous le sentez arriver le spoiler ?). C'est que ce sont finalement les deux élèves qui n'ont (presque) tués personne qui s'en sortent. Alors que tous ces meurtriers sont là pour rappeler que la haine et l'envie de tuer n'est en aucun cas la bonne façon de gérer une situation de la sorte. Pour ma part, si j'avais été à la place d'un des protagonistes je me serai trouvé une bonne planque, j'aurai attendu le dernier jour en suivant de près le nombre de morts (sans oublier d'éventuellement changer de cachette en fonction des ''zones à éviter'') et j'aurai essayé d'assassiner le moins de gens possible, laisser les autres s'entretuer et tenter de sauver ma peau une fois le jeu terminé.

Il est vrai cependant que la réalisation du film reste plate, sans aucun effet. Mais c'est tout de même le scénario qui vient sauver la baraque avec quelques trouvailles intrigantes et quelques points en rapport au jeu qui s'avèrent être bien choisis. Mais pour continuer dans les points négatifs, je viendrai juste apporter ma petite plume de casse-couille qui n'est jamais content en disant que le final est tiré par les cheveux et enlève finalement le côté réel que j'avais en partie réussi à oublier au début mais qui avait réapparu en cours de film, tant les images sont saisissantes et les acteurs crédibles. Car (spoiler) le coup de Kitano qui se fait mitrailler puis qui se relève comme une fleur pour répondre à sa femme (ou sa fille, je ne sais pas trop), lui dire « Ta gueule ! » et se laisser mourir sur le canapé. Ça aurait peut-être pu être drôle mais ça paraît tellement fou et bidon que ça m'aurait presque mis mal à l'aise. En cachant aussi qu'à la fin, les trois survivants enlèvent leurs colliers facilement alors qu'il étant en principe ''impossible de l'enlever'', ça a aussi tendance à m'énerver. Car il n'y a rien de plus chiant dans un film en apparences simple de ne pas comprendre quelque chose de complètement tarabiscoté et triplement ambiguë qui n'a donc rien à foutre dans un film de ce genre. C'est ce petit détail (fu)tile qui m'a profondément déçu dans un film qui n'avait pas encore fait de faux-pas et qui se rétame dans les derniers hectomètres comme un marathonien qui glisse sur une flaque d'eau à quarante mètre de la ligne d'arrivée.

En résumé, c'est finalement sur une note négative que je suis reparti alors que l'ensemble du film m'avait hautement captivé, je garderai toujours en tête l'une des premières images où la dernière gagnante (japonaise avec des bagues au sourire aussi machiavélique que dérangeant) du jeu qui rigole alors que sa chemise es ensanglantée, beaucoup de positif pour un film assez puissant qui doit sa fière chandelle à la performance innée d'un Takeshi Kitano en grande forme.

Ma note : 7,5/10



Commenter cet article

copa738 11/11/2010 19:18

Tu as raison, mais de toutes façons, la mort au cinéma est apparue très tôt. La violence d'un film peut faire mouche surtout dans la façon où les plans sont filmés, la psychologie, l'identification aux personnages...

pinksataniste 11/11/2010 13:20

Oui, on ne sera jamais "traumatisé", mais qu'importe, c'est dans le film "lambda" en particulier que ça me dérange (ou lorsque cela fait partie de dispositions censément "cools") ; lorsque l'échiquier est manichéen, et qu'un adversaire est abattu, et que nous voyons les stigmates de sa mort : personne ne s'en émeut. On aurait tort de s'en émouvoir. Mais quel jeu morbide, tout de même. Que nous en soyons tous blasé (moi le premier, je l'admet) est assez suspect.
Le problème c'est justement, parfois, d'élaguer toute l'atrocité, d'effacer toutes les conséquences ; alors que cette mort est motivée par des raisons, parfois, scandaleuses - surtout dans le cinéma mainstream américain.
Dans le cas de Tarantino, ça ne me choque pas : je trouve juste qu'à l'occasion, ça craint, ni plus ni moins.
Je dit tout cela en étant particulièrement amateur de films "horrifiques". Le problème n'est donc pas pour moi la mort à l'écran. C'est comme on en jouit, ou s'en fout...

Pour "Massacre à la tronçonneuse", je ne croit pas qu'Hooper n'ait pas souhaité qu'on s'identifie aux personnages ; ce sont des ados typés de l'époque. Ca ne fonctionne plus aujourd'hui, c'est tout. Mais ils sont sans doute un peu trop typés, même pour les 70's (surtout pour un spectateur des 70's ?). Manifestement, ce n'est pas ça qui a marqué à l'époque ; mais le surgissement de l'horreur dans un cadre aussi "tranquille" et qu'on croyait immuable.

copa738 11/11/2010 10:17

Personnellement : la mort au cinéma ne m'effraie que très rarement. Tu l'as dit : mais c'est "naturel" de voir quelqu'un mourir devant un écran. Alors quand le tout est pris avec humour (je suis un grand fan de Tarantino, "Kill Bill", "Inglourious Basterds" et surtout "Pulp Fiction" m'ont transcandé), dans un second degré hilarant, curieusement ça me fait rire.
Mais dans "BR", je me rend compte de l'atrocité de ces morts, car je me met à la place de ces personnes. J'ai à peu près leur âge, le film parait réel (malgré quelques détails), et c'est un film d'anticipation. Le simple fait de voir ces gens mourir alors que tu pourrai très bien être à leur place, ça te fout lma gerbe. Je n'ai jamais eu peur devant ce film, mais j'ai longuement réfléchi, et ça a aboutit à quelque chopse de très négatif : Et si ce jeu pourrai, dans le futur, exister ?
Après, il y a des meurtres dans des films où ça ne te fait rien (peut-être peur dans l'immédiat, mais qui ne te font pas passer des nuits blanches - bien que "BR" ne m'a pas non-plus traumatisé). Tu as déjà pensé à être à la place de Marsellus Wallace (Ving Rhames) dans la scène de "l'arrière boutique", dans "Pulp Fiction" ? C'est assez horrible comme scène, mais à aucun moment tu te dis que ça va t'arriver (l'humour morbide du fil y est pour quelque chose, crois-moi). Et moi, je ne me suis jamais identifié à Moss dans "No country for old men", où à tous les morts de "Apocalypse Now".
Après, les metteur en scène se débrouillent dans certains films gores "Massacre à la tronçonneuse, par exemple, que le spectateur ne s'identifie pas aux personnages, et que leur morts (aussi sanglantes soient-elles) ne soient pour nous que très peu.
Un film comme "Piranha 3D" avait ce but-là. Les personnages sont cons, chiants, relous, et du coup, on va se mettre à les détester et leur mise à mort (qui rendre dans les anales du gore) ne sera que grande satisfaction pour un public qui est finalement du côté des piranhas. Sauf que le film est tellement bien foutu, et les morts sont si atroces que ça donne la gerbe. Et c'est ce qui m'a déplu dans ce film.
Après, les réalisateurs ciblent leurs personnages principaux vachement en avant pour qu'on ai de la compassion pour eux, ce qui nous arrachera une petite larme à la fin (John Caffé dans "La ligne verte" ou plus recemment Paul Conroy dans "Buried").
Il y a des milliards de combinaisons possibles, mais ton point du vue à frapper juste : la mort au cinéma, c'est finalement anodin, il faut juste savoir comment l'orchestrer !

pinksataniste 10/11/2010 23:35

Ta réaction est logique, et saine ; évidemment, je ne me considère pas non plus comme "calculateur", je n'ai pas un regard froid et mortifère sur l'Humanité : mais devant une catastrophe, devant le fait accompli : choisirions-nous de mourir ? Qui est prêt à faire "don de soi" à ce point ? Par amour, éventuellement : et le film est juste à ce sujet.
Je suis assez d'accord avec toi, pour cette fille qui paraît jouir des meurtres. Oui, c'est assez peu réaliste ; mais, sur un échantillon, forcément, certains dépasseront leur peur, certains ne l'éprouveront même pas, ou plus, ils trouveront une alternative. Offensive, en l'occurrence. On voit bien aussi ceux qui essaient encore de "créer" la société, de l'imiter : ce sont de beaux efforts. Nous voyons aussi comment cela s'achève, pour celles qui n'étaient pas "amies", mais plutôt "associées" dans le malheur (je parle bien sûr des filles du phare).
On oublie un peu trop que nous sommes des survivants.

Pour ce rapport à la mort, je te suis, mais je trouve une chose paradoxale : comment se fait-il que Battle Royale puisse déranger, frotter à un dilemme moral, des spectateurs qui adorent Tarantino (les raisons pour lequel je ne l'aime pas -globalement- sont autres) ? Comment se fait-il que l'on accepte si facilement la représentation de la mort, surtout si crue et froide ? Il n'y a pas de demi-mesure (au cinéma, surtout américain) : second degré (Tarantino donc), pure formalité (le film d'action bourrin typique), empathie extrême (parfois au service de "causes" nauséeuses - registre Joel Schumacher). Je trouve ça étrange, et c'est malsain : c'est une vieille idée, sans doute, mais cette évidence est troublante quand on la regarde de près. La mort est une chose naturelle au cinéma : c'est une histoire de rouages de scénario. Bien. Au fond, ça ne me dérange pas : mais il y a des formes de violences qui surgissent dans des films ou elles sont inappropriées, et qui, pourtant, passent comme une lettre à la poste (membres sectionnés, gros plan sur le sang : on s'en tape - mais dans un film "populaire" et "familial", c'est bizarre, non ?). C'est curieux.
Dans Battle, cette violence est outrée, mais elle est aussi très chorégraphique, et la rage qu'elle illustre, est non seulement "fondée", mais aussi fouillée :il y a la mort, et on ne passe pas à côté, on ne le tait pas, ni ne la déguise. Partant, je trouve le film "sain" de ce point de vue. En revanche, est-ce qu'une scène de torture "second degré" dans un divertissement lambda (Inglourious Basterds/Tarantino), c'est sain ? Est-ce que c'est normal, toutes ces têtes que James Bond fait tomber : est-ce que ce n'est pas étrange, ces femmes qui sont prises puis jetées.. ?

copa738 10/11/2010 21:48

Je ne sais pas vraiment si ton résonnement est juste. Je ne suis pas si calculateur que ça. Bien sûr, au collège, l'amitié (avec un grand A) n'est pas à son apogée (loin de là). Les "amis" qu'on a sont juste des gens qu'on apprécie, qui ont les mêmes avis, des sujets de conversation similaires, des gens avec qui on aime rire, déconner, se foutre de la gueule des profs,...
Mais dans ce genre de "jeu", j'aurai du mal à me dire : Je tue qui en premier ? Je trouve ça malsain, morbide. Après la vision du film, me mettre à la place de Shuya & cie me terrifiait. Il y a bien quelques personnes dans la classe que je ne peut pas blairer, mais de là à souhaiter leur mort, c'est un pas que je ne vois pas franchir.
Après il y a la peur de la mort prématurée, l'instinct de survie, la folie qui peuvent mener à de grandes choses dont on ne ressortira pas très fier. Mais la fille qui zigouille son monde avec un piolet et qui jouit de ce sang qui coule sur sa main, je trouve ça peu réaliste. Comment être obnubilé par la mort, le sang, le meurtre (cela évoque peut-être une future assassine mais tout de même...) et devenir éberlué après avoir commis un meurtre.
Je campe sur ma position de la fuite jusqu'au deniers instants, pour tuer le moins de monde possible, mais je me dis ça, je suis bien incapable de tuer qui-que-ce-soit. La mort me terrifie, je suis jeune, mais tuer pour vivre, ce n'est pu de notre époque. Voilà pourquoi "Battle Royale" est prenant, mais peu crédible...

Nous sommes sociaux !