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Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


Crime d'amour (Alain Corneau)

Publié le 1 Septembre 2010, 08:32am

Catégories : #Films (Thriller)

 

Synopsis : Dans le décor aseptisé des bureaux d’une puissante multinationale, deux femmes s’affrontent… La jeune Isabelle travaille sous les ordres de Christine, une femme de pouvoir qu’elle admire sans réserve. Convaincue de son ascendant sur sa protégée, Christine entraîne Isabelle dans un jeu trouble et pervers de séduction et de domination. Ce jeu dangereux va trop loin… jusqu’au point de non retour.

Film-testament du grand maitre Corneau, Crime d'amour représente à la fois les points forts et les points faibles du cinéma français contemporains. Les points forts sont la façon dont le suspense est maintenu ainsi que la psychologie et la performance des acteurs. Quant aux points faibles, ils se résument juste à une réalisation monstrueusement simpliste. Présentant son film sous une étude approfondie des mœurs des grandes entreprises, Corneau nous fait glisser peu à peu dans ce monde où corruption, charme et argent s'entremêlent jusqu'à ce que les nœuds soient impossible à dénouer. Et c'est à ce moment là que tout peut exploser. Oui, nous sommes dans une société brutale où chefs et employés ne peuvent faire part égale. Les patrons (ou patronnes) sont impitoyables et de nombreux exemples viennent en témoigner. Humiliations, prises de pouvoirs, rien n'est épargné pour les jeunes cadres employées. Chaque élément peut s'avérer être mauvais pour eux, tout est organisé, rien n'est dû au hasard. Dans un monde où on ne peut pas manger sans avoir son Blackberry à l'oreille.

Dans des dialogue interminablement longs, dans des silences monotones et oppressants, le réalisateur tente d'endormir son public pour d'autant plus le surprendre à la moindre scène violente ou surprenante. Le film se résume en cinq parties : mœurs, persécution, meurtre, accusation, épilogue. Ces cinq parties prennent de l'ampleur à chaque moment passé, se succèdent dans un silence catholique, s'enchainent avec autant de surprise qu'un gosse qui ouvre son premier cadeau d'anniversaire. Corneau nous dévoile les moments clés de son film comme une pochette surprise qu'on est impatient d'ouvrir et même si le cadeau nous déçoit à l'ouverture du paquet, c'est en le découvrant qu'on apprends à l'apprécier à sa juste valeur. Mais il ne s'arrête pas là. Il offre aux spectateurs un film suffocant où chaque action peut être capitale pour un petit twist final bien orchestré. Il anime ses personnages, les fait avancer tel des pantins à qui les ficelles sont emmêlées. On ne se doute de rien, on est constamment surpris.

Afin de continuer dans l'analyse, je vais devoir parler de certains gros moments clés du film. Ceux qui souhaitent garder le suspense jusqu'à la vision du film peuvent se rendre directement au prochain paragraphe et donc de sauter celui-là. Le moment prévisible mais surprenant du meurtre de Christine (Kristin Scott Thomas en pleine forme, aux yeux menaçants, avançant dans la vie tel une vipère assoiffée de sang) qui ne mérite ce qu'elle a après tant d'humiliations, de coup bas et d'injustices. Isabelle se fait alors accusée elle-même et se noie dans une profonde mélancolie dans une prison qui en devient étouffante. Les événements se succèdent dangereusement et son plan fonctionne : en s'accusant elle-même, elle arrive tout à tour de se créer des alibis en béton et des excuses indubitables. Des faux médicaments, des écharpes dissimulées, des couteaux écorchés et la voilà sortie de prison où elle remet de l'ordre dans son petit nid douillet où tant de choses sont arrivées. On la redécouvre chef de l'entreprise qu'elle avait quitté, les cheveux détachés (alors qu'elle avait toujours un chignon) démontrant avec maestria que la chance a changé, que les méchants et les gentils ont véritablement changés de camps. Mais suivra-t-elle le chemin dangereux du harcèlement ? Sera-t-elle poussée à faire autant d'atrocités que son ancienne supérieure ? Seul l'avenir nous le dira. Mais cet avenir est déjà chamboulé par un mot de fin à glacer le sang. Quand Daniel, seul véritable ami d'Isabelle découvre l'insupportable vérité et qu'il sort ce dernier phrasé avant un long silence monotone : « Christine aurait pu tuer, mais pas par amour ». Que voulait-il dire ? Les deux femmes se sentaient-elles attirées ? Un jeu macabre de séduction et de charmes discrets ? Dans tous les cas, ce cime passionnel ou non est une vrai démonstration de cinéma et c'est en expliquant tout après les agissements (avec des flashback en noir et blanc) que Corneau sensibilise son public qui ne comprends tout qu'au moment de l'épilogue qui est perturbé par cette ultime phrase, aussi mémorable que la toupie de Inception.

Ludivine Sagnier est la révélation du film, même si Scott Thomas brille par son jeu hautement dangereux, l'intrigante (fausse ?) blonde brille par un jeu talentueux qui s'adapte à toutes les situations (elle passe du statut de victime, pour ensuite faire la petite chose fragile et pour finir en patronne sûre d'elle). Pas forcement jolie, elle séduit le public tant elle fait fragile et précieuse. Après quelques tous petits moments de rire, de stress et et de suffocations, ainsi que quelques scènes répétitives de sexe (dissimulés bien évidemment), Corneau nous paralyse dans une scène finale dont le générique ne vos laissera pas assez de tant pour y réfléchir.

En résumé, le regretté Alain Corneau peut reposer en paix, son film est haletant et servi par de magnifiques actrices qui brillent par leur charme et leur jeu contrasté; le scénario est rondement mené, jamais le cinéma français n'avait été aussi beau.

Ma note : 8,5/10



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