In the Air (Jason Reitman)
Synopsis : L'odyssée de Ryan Bingham, un spécialiste du licenciement à qui les entreprises font appel pour ne pas avoir à se salir les mains. Dans sa vie privée, celui-ci fuit tout engagement (mariage, propriété, famille) jusqu'à ce que sa rencontre avec deux femmes ne le ramène sur terre.
Justesse dans l'écriture, excellence dans l'interprétation, pertinence dans la réalisation : In the Air n'est peut-être pas un film parfait, mais il allie avec harmonie les éléments,
pour que cela devienne consistant. Consistant dans la mesure où rien n'est prévisible, puisqu'il ne se passe presque rien. Mais le plus important ne réside pas là-dedans, non : il est dans
l'image de la société qui y est dévoilée, comme si un miroir légèrement déformant se plaçait devant nous, et nous parlait en nous disant ce qui va bien, mais surtout ce qui ne va pas. Ici, malgré
un rythme lent, on perçoit rapidement le but du film, à savoir : montrer au peuple ce qu'est la société d'aujourd'hui. Cette société en elle-même est montrée sous un visage noir caché par un
masque blanc, entre travailleurs qui gravissent les échelons sans scrupules et les dépits amoureux/amicaux de ces derniers ; tout cela pour vous dire qu'il y a autre chose dans la vie que le
travail, que l'argent ne fait pas le bonheur et patati et patata.
Les Raisins de la colère (John Ford)
Synopsis : Un jeune homme rentre à la ferme familiale en Oklahoma, après avoir purgé une peine de quatre ans de prison pour homicide involontaire. La Grande Dépression sévit alors et comme beaucoup d’autres fermiers, sa famille est chassée de son exploitation. Ensemble, ils partent à travers le pays dans l’espoir de trouver, un jour, du travail en Californie. C’est le début d’un périple éprouvant, de camps de réfugiés en bidonvilles de fortunes, dans une Amérique en proie à la misère et à l’oppression...
Avec un noir et blanc magnifique, une écriture propre et une réalisation inspirée (jeu de lumière et d'ombres, visages pris en gros plan), on aurait tort de ne pas considérer Les Raisins de la colère comme un chef d'œuvre. Mais il y a peut-être trop de longueurs, des personnages pas si empathiques que ça (c'est subjectif, bien sûr) et aussi une histoire qui nous dépasse, comme si la cruauté du thème (Grande Dépression vue sous un œil catastrophé, médusé) ne nous touchait que trop peu (ce qui est bien dommage). C'est donc en retrait que l'on part sur les routes aux cotés de cette famille, où les drames s'accumulent sans que personne n'ose reculer. Grande bataille pour la survie, ou tout simplement pour l'honneur, Les Raisins de la colère, road movie intense, est peut-être imparfait, mais pas si mauvais dans le fond. Ça reste un film culte qui a subit l'épreuve de temps mais qui a peut-être perdu un peu d'ampleur après toutes ces années.
Fight Club (David Fincher)
Synopsis : Le narrateur, sans identité précise, vit seul, travaille seul, dort seul, mange seul ses plateaux-repas pour une personne comme beaucoup d'autres personnes seules qui connaissent la misère humaine, morale et sexuelle. C'est pourquoi il va devenir membre du Fight club, un lieu clandestin ou il va pouvoir retrouver sa virilité, l'échange et la communication. Ce club est dirigé par Tyler Durden, une sorte d'anarchiste entre gourou et philosophe qui prêche l'amour de son prochain.
Difficile de retomber sur terre après ce choc qu'est Fight Club. On attendait juste un film où la violence règnerait, Fincher nous offre carrément autre chose. En plus d'être magnifiquement filmé, Fight Club est doté d'un scénario réfléchi sous des centaines d'angles, de prises de vues, avec des méthodes étourdissantes (la toute fin illustre parfaitement le génie de Fincher). La vision du monde y est pessimiste mais surtout avant-gardiste : l'être humain est, aux yeux du réalisateur, pas plus important qu'une merde au fond du caniveau. La précarité (la narrateur qui vit dans une maison immonde avec Tyler), la maladie (le narrateur se rend à des réunions entre ''mourants''), les conditions de travail (la narrateur est exploité par un patron tyrannique) ou encore la violence montante (la banalisation de la violence montre que la société contemporaine règle une grosse partie des conflits en faisant saigner), y sont traités avec une infime justesse ; et c'est lorsque l'on découvre ce twist ending mémorable qu'on peut vraiment crier au chef d'œuvre.
Fight Club, avec l'âge, on aime de moins en moins, j'ai passé ma période révolutionnaire.