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Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


Edward aux mains d'argent (Tim Burton)

Publié le 22 Décembre 2009, 10:55am

Catégories : #Films (Fantastique)

Synopsis : Edward n'est pas un garçon ordinaire. Création d'un inventeur, il a recu un coeur pour aimer, un cerveau pour comprendre. Mais son concepteur est mort avant d'avoir pu terminer son œuvre et Edward se retrouve avec des lames de métal et des instruments tranchants en guise de doigts.

Tout droit sortit de l'imagination débordante d'un Tim Burton touché par la grâce, Edward aux mains d'argent est un film inventif, qui fait réfléchir sans oublier de divertir. C'est une œuvre philosophique, très critique du monde américain dont Burton à l'air d'être allergique. Mais c'est à la fois un conte touchant et innovant qui vous fera rire, et peut-être pleurer.

Si le fait d'avoir eu l'inspiration idéale pour donner un ''monstre'' de cette envergure (les ciseaux à la place des mains... reprise des Griffes de la nuit de Craven où jouait déjà Johnny Depp ?), il fallait également trouvé un fond, un scénario digne du grand génie de Tim. En plus de cela, il fallait captiver à tout prix, sous peine d'être considéré comme d'un fou qui ne pense qu'à ses trips et à son pomme. Mais le génie de Burton ne s'arrête pas à quelques élucubrations fantasmagoriques. Derrière ce fou (permettez l'expression) se cache un être sensible, et cette sensibilité se retrouve dans le personnage d'Edward, sans grande personnalité mais qui a un cœur grand comme une montagne.

Le film, par son discours satirique, permet de dénoncer deux points fondamentaux de notre petite société de consommation égoïste. Il y a d'abord le refus d'accepter la différence. L'attitude des habitants de Suburbia envers Ed est comparable à celle d'un enfant qui vient d'avoir un cochon d'Inde à son anniversaire. On va le voir tous les jours, on le bichonne, on voudrai passer du temps avec lui. On s'amuse, on rit, on partage des trucs. Et le temps passe et le cochon d'Inde a déjà épuisé la corde. On ne sait plus trop quoi en faire. La routine s'installe et le jour où il meurt, l'enfant a déjà des idées de poissons rouges ou de lapins nains.

Ça pourrait vous choquer, mais sachez que ce que vit Ed dans le film est exactement (à quelques choses près) la même chose. D'abord intrigués par les mains-ciseaux de notre personnage, ils le rejettent lorsque les choses vont mal. Edward vole pour impressionner la fille qu'il aime, il refuse de coucher avec l'allumeuse du quartier, il blesse quelques personnes accidentellement. L'homme qui, au début, fascinait et intriguait, fait désormais peur. Je reprends l'exemple des animaux : un chien que vous chérissez depuis que vous l'avez se met à mordre les passants et bouffe le chat du voisin... Vous faites quoi ? Vous le piquez, sans hésitation. Et le fait qu'Edward ait été banni donne la même sensation qu'un chien qu'on abat alors qu'il devient dangereux.

Burton montre avec brio que la même chose sur un humain peut être choquant. Réactions du public devant la cruauté des personnages envers Ed : « Oh mais quelle bande de connards ! ». Mais que feriez vous à leur place ?

D'un autre côté, le réalisateur critique les américains. Ces maisons plates et colorées, le gazon qu'on arrose chaque jours, les femmes qui ne travaillent pas et font leur commère dès que quelqu'un fait un pet de travers dans le quartier. Les hommes qui bossent et les femmes qui passent leur temps à se coiffer et discuter au téléphone : tout cela n'est pas anodin. C'est une critique pure et dure d'une société que Burton rejette. Et son film, par delà les longs traits satiriques, arrive cependant à nous faire apprécier le personnage d'Edward dans une histoire particulièrement touchante. Et lorsque l'intrigue part dans de la guimauve (passages d'amour un peu cuculs, certes), Burton redresse la barre et nous intrigue avec des flashbacks avec le fameux Vincent Price.

Car ce film est avant tout une façon pour Tim de se raconter. Le rejet des habitants envers Edward rappelle la désillusion du metteur en scène aux studios Disney. Et le personnage d'Edward peut aussi évoquer le fait que Burton est un homme solitaire, dans son monde sombre et gothique, séparé des autres dont les mœurs le dépasse. Et pour finir, il est bon de souligner que Vincent Price, grand acteur de films d'horreur dans les années 1950 (ah, les films de la Hammer) était un modèle pour Burton. Sa présence est des plus qu'admirables.

Ce film reste un film d'une grande qualité scénaristique, bourrée de clichés mais dont l'esprit enfantine ne quitte jamais l'écran. Les mésaventures de l'homme aux ciseaux ne finira jamais de fasciner les cinéphiles. Un film qui ravira les petits comme les grands, et qui défiera l'épreuve du temps, sans jamais lasser : une pure réussite inventive et créative qui doit beaucoup au génie incomparable de Tim Burton.

En résumé, plein de poésie et de bons sentiments se mélangent dans un film qui s'attarde beaucoup sur une satire personnelle de Burton envers les américains qu'il n'arrêtera jamais de critiquer à travers tous ces films.

Ma note : 9/10



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MillionDollrasBaby 20/12/2010 20:27

Burton est vraiment un grand réalisateur même s'il est moins en forme ces temps ci.

Ce film est magnifique de poésie. Sleepy Hollow est certes exagéré mais cela répond à l'exigence baroque

Film Streaming 19/12/2010 02:05

Ce post est fascinant, il me semble que c'est une réussite, félicitations.

copa738 19/01/2010 18:53

Sleepy Hollow est très bien aussi ! Mais un peu éxagéré, et l'intrigue se résoud trop rapidement ! Mais c'est un bon film !

jean-michelsalgon 17/01/2010 12:07

Tout à fait d'accord avec toi!Edward aux mains d'argent est un film bouleversant,émouvant et aboutie(surtout visuellement).L'un des meilleurs films de Tim Burton(le seul qui le dépasse est Sleepy Hollow,une oeuvre proche de la perfection.

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