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Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


Fighter (David O. Russell)

Publié par copa738 sur 18 Mars 2011, 18:53pm

Catégories : #Films (Biopic)

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Synopsis : Micky Ward est un jeune boxeur dont la carrière stagne. Il va rencontrer Charlene, une femme au caractère bien trempé, qui va l'aider à s'affranchir de l'influence négative de sa mère, qui gère maladroitement sa carrière, et de ses sœurs envahissantes. Son demi-frère Dicky Eklund, lui, a connu la gloire sur le ring, il y a bien longtemps. C’était avant qu’il ne sombre dans la drogue, avant son séjour en prison. Entre le sportif en quête d’un second souffle et l’ex-toxico, il y a longtemps que le courant ne passe plus. Trop de non-dits, d’échecs et de souffrances. Pourtant, parfois, les hommes changent, et Micky et Dicky vont peut-être avoir ensemble, la chance de réussir ce qu’ils ont raté chacun de leur côté…

Premiers instants calamiteux d'un film qui commence déjà à me taper grave sur les nerfs (stéréotypes sur la boxe, famille qui frise le summum de la beaufitude : 7 filles laides et au QI d'un petit poids, frère défoncé au crack, mère abusive, beau-père obèse). La boxe, Rocky nous l'a fait en version idyllique, et Raging Bull en version dramatique et pessimiste, alors qu'est-ce que Fighter peut apporter de nouveau au genre ? On se dit alors que ce n'est pas possible que ce film soit ze movie dont tout le monde parle. Mais c'est quand qu'on vibre ? C'est quand qu'on s'amuse, et que l'intrigue décolle ? Il est prévu pour quand le grand frisson ? Mis à part une bonne utilisation de la musique et une très bonne scène d'entrée, tout est à jeter dans Fighter, mais c'était avant que les choses ne prennent une toute autre direction...

En effet, dès que le personnage de Dicky (Christian Bale, vraiment très impressionnant – Oscar amplement mérité) se retrouve en prison, c'est le déclic, le vrai moment qui change ta sale petite vie de cinéphile, le moment où tu comprends que tu n'est qu'un con pour avoir osé t'ennuyer devant les premières minutes de Fighter. Car ces premiers moments, sans action, ni vraie psychologie, ainsi que quelques éléments qui t'embrouillent (Dicky, il a mis KO ou juste fait tomber Sugar Ray ? Il est sur quoi le documentaire ? La drogue ? Le come-back de Dicky ?), mais ils permettent au spectateur de véritablement se cibler dans le contexte. A savoir : la ville de Lowell, touchée par le chômage et la dégradation (matérielle et intellectuelle), trou-du-cul du monde par excellence n'est pas l'endroit pour un champion. Ce champion, Micky, poussé par sa famille, devra s'affranchir de cette dernière, pour sa carrière, mais pas seulement. Car la boxe n'est qu'un prétexte pour David O. Russell pour dévoiler ce qu'il veut : montrer que la famille peut briser tes rêves, juste parce que l'ainé à échoué, mais qu'il est quand même un héros, et que le cadet doit réussir, etc. Dicky étant le favori, Micky se retrouve alors effacé, commandé et manipulé par ses sœurs et surtout par sa mère (l'étonnante Melissa Leo). Pris au piège dans l'engrenage de l'amour qu'il porte à sa famille et à la fraternité, il devra tout de même quitter son petit monde, aidé par l'arrivée d'une femme dans sa vie, et l'absence de son frère, qui le libère d'un poids. La boxe n'est qu'un objet de style pour Russell, qui s'en sert pour maintenir le suspense. Le but du film étant de montrer la métamorphose de Micky, sportivement, et psychologiquement.

Débarrassé de sa famille, les victoires s'enchainent (magnifique montage des matchs gagnés par Micky, avec de magnifiques ralentis et prises de vues saisissantes) et la confiance revient. Mais pour que tout le monde soit content (on est en Amérique : tous les rêves se réalisent, tout finit bien), Micky revient vers sa famille, pour livrer un combat finale époustouflant, suspense garanti et frissons au rendez-vous, venant clore un film haletant et très humain, avec toute la maestria du monde. Un film comme ça te donne envie de croire en toi, de te surpasser, et de prendre des décisions. Le personnage joué (à la perfection) par Mark Wahlberg est le parfait archétype du mec trop timide pour affronter les nombreux membres d'une famille qui n'a jamais rien réussi (échec scolaire des filles, divorces, échec sportif de Dicky) et qui veut sauver son honneur par le biais d'un membre, celui qui a le moins de personnalité mais qui a certainement le plus grand cœur. Manié comme un pantin articulé, il saura se défaire de ce poids, sans oublier son frère, son idole, modèle, et meilleur ami. Russell montre à la perfection que les gens changent, que tout est possible dans le meilleur des mondes. Même si la vision ultra-positive du réalisateur s'éloigne un peu de la réalité, le fait que ce soit une biopic laisse davantage espérer. Car il n'y a rien de plus positif que l'espoir, dans ce monde corrompu par bien de choses négatives. Ce genre de films, le cinéma en a besoin pour exister. Ce genre, de films, le cinéma en a besoin pour briller.

En résumé, véritable leçon de vie, Fighter doit se prendre au premier degré et s'apprécier à sa juste valeur : un film qui revalorise tout ce que vous pensiez être mauvais (la boxe devient plus noble qu'on ne le pensait) et qui brille par son humanité et sa simplicité.

4 e¦ütoiles

Commenter cet article

Chris 31/03/2011 00:02

Tout à fait d'accord avec toi, le film est bourré de clichés et fonctionne pourtant à la perfection.

copa738 29/03/2011 17:14

@ Neil : Oui la dimension sociale est bien au-dessus de la boxe, ce dernier étant un prétexte pour encore plus faire vibrer le spectateur.

@ Pinksataniste : Très oscarisable, mais plus honnête que "The king's speech" selon moi (bien que le film de Hooper soit très bon). T'as très bien résumé la portée du film : pousser les gens à se donner à fond, à changer si ça va mal, etc.
Mais, personnellement, je crache pas sur ces idéaux, vu que ça donne du punch, l'envie d'exister, de se surpasser. Après, je sais que ça a été visité des milliers de fois, mais là, j'ai pris mon pied, et c'est le principale !

Sympathy for the Grotesque (PS) 29/03/2011 11:44

Aussi, pour la dimension sociale (white trash, etc.), autant se recroqueviller sur Rob Zombie. C'est moins bankable, tout aussi cliché, mais plus frontal.

Sympathy for the Grotesque (PS) 29/03/2011 11:42

Alors, c'est le 6e ou 7e sur 7 ou 8 de l'année pour ma part (juste devant "Le discours d'un roi" et après "Rango" & "127 heures").
J'en suis resté à ces clichés du début ; je n'ai rien senti de ce qui s'est produit par la suite, absolument rien - hormis la scène de prison avec Bale. Le traitement est d'une banalité confondante, le sujet est rebattu, et ces histoires de "rédemption" m'agacent au plus haut point. Au-delà du film, il faut lire Wahlberg faire sa propre "rédemption" à son sujet ; "avant je fumais, j'étais un délinquant, tout ça c'est finit : aujourd'hui j'ai une famille, j'touche plus à la drogue, je dort 8 heures par nuit". Je retranscrit la chose quasi textuellement.
Encore un de ces rendez-vous citoyens ou chacun vient expier sa faute (laquelle ?). Oui, c'est ça en quelque sorte. On invite le public à venir se lamenter et s'ébouriffer sur le destin d'un péquenaud afin de s'injecter sa dose de "modèle de résilience". Ce genre de films est destiné à faire croire à la foule qu'elle est capable de finir à la Une.
Pour revenir à ce Fighter, et au-delà de tout ce que je raconte ; c'est de la belle ouvrage, c'est "humain", c'est certain, mais on en voit constamment de cet acabit. C'est l'oscarisable du moment.

neil 20/03/2011 21:08

C'est clairement la dimension sociale du film qui prime sur le milieu de la boxe. Les acteurs sont excellents et le film est assez bien mis en scène. Une jolie réussite, en effet.

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