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Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


127 heures (Danny Boyle)

Publié par copa738 sur 9 Mars 2011, 13:40pm

Catégories : #Films (Thriller)

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Synopsis : Le 26 avril 2003, Aron Ralston, jeune homme de vingt-sept ans, se met en route pour une randonnée dans les gorges de l’Utah. Il est seul et n’a prévenu personne de son excursion. Alpiniste expérimenté, il collectionne les plus beaux sommets de la région. Pourtant, au fin fond d’un canyon reculé, l’impensable survient : au-dessus de lui un rocher se détache et emprisonne son bras dans le mur de rocaille. Le voilà pris au piège, menacé de déshydratation et d’hypothermie, en proie à des hallucinations… Il parle à son ex petite amie, sa famille, et se demande si les deux filles qu’il a rencontrées dans le canyon juste avant son accident seront les dernières. Cinq jours plus tard, comprenant que les secours n’arriveront pas, il va devoir prendre la plus grave décision de son existence...

Vous connaissez tous l'histoire de Aron Ralston. Son addiction aux sports extrêmes, sa terrible aventure sous un rocher, et enfin, son auto-amputation. Oui, Danny Boyle filme cette scène comme personne d'autre n'aurait pu le faire. Son caractère gore et presque insoutenable s'inscrit au panthéon des scènes les plus marquantes de l'histoire du cinéma, aux côtés de la scène de la fellation de Brown Bunny ou de la fille empalée dans Cannibal Holocaust. Cette scène, digne des meilleurs films gores, est le véritable noyau de 127 heures, point culminant d'un film d'aventure extrême qui, même s'il est comparable à des centaines d'autres œuvres, est unique en son genre. Mais pour réussir son pari, Boyle devait meubler autour de cette scène (que tout le monde attendait), et même s'il y a des débris dans le ciment (abus d'effets clinquants, de mouvements de caméra), les trous sont parfaitement comblés, et parviennent même à soutenir les fondations du film.

Il serait délicat de classer 127 heures dans un genre particulier, ou de le comparer dans son ensemble global avec d'autres films. Si le générique ressemble à une pub Total et que les premières scènes font penser à un spot publicitaire pour Déclathlon, la comparaison avec d'autres films se fait dès le moment où Aron se retrouve piégé. Contrairement à Buried, Aron se fout tout seul dans sa merde (là où Paul Conroy n'y pouvait rien) et n'a aucun contact avec l'extérieur (là où Paul avait un portable). Alors peut-être que le film de Boyle se rapproche plus de Seul au monde, par le fait que Franco, tout comme Hanks, passe la quasi-totalité du film seul devant la caméra. Mais quand Aron rêve qu'il s'échappe grâce à une inondation, ça nous ferait davantage pencher vers le dénouement de The Descent, et la scène de charcuterie nous rappelle l'amputation de la jambe du docteur Gordon dans Saw. 127 heures se nourrit des bons ingrédients du survival : pétage de plombs, hallucinations, souvenirs, remise en questions ; mais il se démarque des autres dans la façon de filmer de Boyle, ainsi que dans les nombreux effets de montages (split-screen, accélérations clippesques). Le film nous permet également de nous poser des questions au sujet de Aron, personne que l'on affectionne peu, mais qui parvient à nous faire part de ses malheurs, pour que l'on se rende compte de sa souffrance. Lorsqu'on le voit boire son urine, luter contre la faim, la fatigue et la soif, nous partageons tout ça avec lui, impliqués plus que jamais dans sa lutte pour la survie. Avec de nombreux flashbacks plus ou moins passionnants (évènements anecdotiques : quand il filme sa sœur qui joue du piano ; évènements importants : ébats avec son ex-copine), d'incrustations d'éléments rêvés dans la réalité (chevaux qui passent au-dessus de la crevasse, avions qui se croisent par dizaines), Boyle nous montre que cette histoire a une morale, mais qu'il ne faut pas non-plus le prendre au premier degré. Le montage de plusieurs publicités pour les sodas viennent nous rappeler que Boyle est le maître des lieux, qu'il ne s'impose rien, et ne veut pas êtres raisonnable.

Après, même si 127 heures ne peut pas être considéré comme une œuvre 100% sérieuse et authentique, on pourra débattre longtemps sur sa visée philosophique, et donc son côté moralisateur. On pourra se demander, alors, ce que représente cette fucking pierre sur le bras d'Aron, qui se traite lui-même de con, comprenant que ce n'est pas l'ironie du sort qui fait qu'il se trouve dans cette situation, mais que c'était son destin, lui qui a toujours fait passer son égo comme seule et unique priorité. Alors que représente le rocher ? Est-ce le monde qui se venge contre Aron, pour sa cruauté, et que l'avant bras qu'il laisse dans le canyon n'est que la punition qu'il lui fallait pour avoir mésestimé la vie et ses vertus. Ainsi, nous pouvons aussi nous demander pourquoi son esprit vagabonde tant pendant son ''séjour parmi les roches'', alors qu'il n'est en fait qu'un mec intelligent qui n'a pas le courage, ni l'envie de réfléchir. Son corps, immobilisé ne peut s'exprimer. Lui qui avait toujours su faire passer son corps avant son esprit (Aron est un homme qui aime les sensations fortes, qui fait beaucoup de sport) doit donc laisser son cerveau prendre les commandes, et ça dérape de temps en temps (l'émission de télé où il fait plusieurs personnages à la fois, les fantasmes sur les vidéos avec les deux randonneuses, ces hallucinations). Et comment ne pas mentionner le fait que Aron a finalement été ''libéré'' par trois fois. Nous ne connaissont qu'une seule délivrance, pour nous, spectateurs : celle de l'arrivée de l'hélicoptère. Mais Aron, lui, se libère spirituellement (sa remise en questions), physiquement (auto-amputation, qui, même si elle garde un aspect gore, reste selon moi une vraie délivrance, plutôt qu'un exercice de boucherie insupportable) et se libère tout court, s'écartant alors de tout dangers (hélicoptère). Mais même si beaucoup de gens continuent à stresser après la scène de l'amputation (Va-t-il se vider de son sang ? Comment appeler les secours ?), sa véritable délivrance vient au moment où son esprit prend conscience que l'amputation est inévitable, moment où il prend une vraie décision, chose qu'il n'a jamais fait, en réalité. Cette idée, cet éclair de génie marque un changement brutal chez Aron, et c'est surtout avec cet épilogue (inutile dans le contexte, mais intéressant pour la psychologie) que l'on s'en rend bien compte.

En résumé, sans être un véritable chef d'œuvre, 127 heures est un fabuleux conte où les réflexions philosophiques se chevauchent, et permettent au spectateur, par l'ambiance du film (très clippesque, assez tendue), de se mettre à la place de Aron, de vivre avec lui son histoire, aussi horrible et inglourious soit-elle ; le contexte historique n'est même pas le plus important : le film de Boyle est le changement d'un être humain après un terrible incident, la mutation d'un corps qui engendre un changement de mentalité ; et cela, Boyle le réussit parfaitement.

4 e¦ütoiles

Commenter cet article

copa738 12/03/2011 10:15

@ Squizzz : Ca résume assez bien ce que j'ai pensé !

@ Neil : Oui, après, tout dépend également de la manière où l'on aborde l'aspect philosophique du film (que j'ai trouvé très fort, moi). Mais tu as raison en disant que c'est un bon PETIT film (le mot petit montre bien que ce film a été fait sans prétentions, et que Boyle s'en sort pas mal dans son après "Slumdog..." et la razzia des Oscars).

neil 11/03/2011 22:23

Le film est en effet ultra-référencé, et la mise en scène de Boyle marche ici assez bien je trouve. Au delà de ça, la portée philosophique m'a semblé un peu courte mais bon, c'est un bon petit film.

Squizzz 10/03/2011 18:56

Ouai... pour moi c'était surtout quelqu'un qui pensait qu'à sa gueule (et qui effectivement se fout de ce qui se passe autour de lui), et que cet accident à ouvert à la vie et aux autres (là dessus on est d'accord !)

copa738 10/03/2011 13:54

@ Silice : Moi non-plus, je n'ai pas eu la chance de la voir dans mon cinéma (ils ne le diffusaient pas, et comme j'ai pas envie d'attendre un DVD qui va couter 20 euros, j'ai cédé au streaming, comme avec "Frozen").
De Boyle, je n'ai vu que "Slumdog millionaire" qui est l'un de mes préférés, et "La Plage" que je n'ai pas trop aimé (mais on en a déjà parlé).

@ Squizz : Pour moi, les nombreux flashbacks nous montrent que Aron ne réfléchit pas : il quitte une fille qu'il aime, le fait de ne pas répondre au téléphone, ce n'est pas un manque d'intelligence, c'est juste l'irrespect de la vie, et don, un manque de conscience. On sait qu'il est intelligent (c'est un ingénieur), mais Boyle montre très bien que Aron n'aime pas faire des efforts spirituellement, vaut mieux les dépenser par l'effort physique.
Je dis pas que le morale finale est bonne (en fait, elle arrive un peu comme un cheveux sur la soupe), mais qu'elle permet tout de même de syncroniser tout ce qui avait été insinué pendant tout le film : remise en question, plus d'importance à la vie.
Mais même si une partie de sa moralité à changé, il continue à faire des sports extrêmes. En tous, cas, c'est un film assez spécial qui ne peut que diviser les avis... bons ou mauvais !

Squizzz 10/03/2011 13:38

J'attendais ta critique est je suis pas déçu ;)
Je suis globalement d'accord notamment sur les 3 délivrances, mais ça on en avait déjà parlé. Par contre je suis moins enthousiaste que toi sur la portée philosophique du film, qui est ce qui intéresse le plus Boyle, mais qui est un peu simpliste. Boyle traite la remise en question de son personnage parfois avec brio (la fausse interview), parfois de manière plus fade (les flashbacks, la morale finale).
Sinon je ne comprend pas trop cette partie de ta critique "Ainsi, nous pouvons aussi se demander pourquoi son esprit vagabonde tant pendant son ''séjour parmi les roches'', alors qu'il n'est en fait qu'un mec intelligent qui n'a pas le courage, ni l'envie de réfléchir. Son corps, immobilisé ne peut s'exprimer. Lui qui avait toujours su faire passer son corps avant son esprit (Aron est un homme qui aime les sensations fortes, qui fait beaucoup de sport)". Je n'ai pas vu le personnage comme quelqu'un qui refuse de réfléchir et ne s'intéresse qu'au sport (tout du moins rien nous le dit). Egoïste et prétentieux, oui, mais ça n'a rien à voir. Par contre, c'est sûr quand le corps ne répond plus, l'esprit est obligé de prendre le dessus

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