Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


Des hommes et des dieux (Xavier Beauvois)

Publié le 5 Octobre 2010, 16:09pm

Catégories : #Films (Historique)

 

Synopsis : Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s’installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour… Ce film s’inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996.

Il y a ces paysages d'une Algérie bercée par un soleil aveuglant, ces panoramas d'une beauté invraisemblable faisant un injuste paradoxe avec les populations pauvres. Il y a ces nombreuses scènes de ''routine'' où les moines cultivent des terres, vont chercher du bois, tout cela dans un silence harmonieux qui mettrai presque mal à l'aise. Il y a aussi ces nombreux protocoles religieux, chorégraphiés au millimètre près dans d'interminables (mais pourtant peu ennuyeux) longs plans-séquences. Il y a ces huit grand personnages, attachants mais peu bavards, courageux et bons, et tous les compliments qu'on peut attribuer à un être humain. Il y a cette histoire bouleversante, tirée d'une histoire vraie mais historiquement incorrecte (sur quelques détails uniquement).

Il y a tant de choses à dire sur ce film, tant de choses à voir, apprécier, imaginer. Tant de questions sans réponses, tant de moments troublants et indescriptibles. Des hommes et des dieux est un film on ne peut plus réaliste, dans sa façon de filmer où dan s les dialogues. Tout d'abord, Beauvois met en scène des dialogues anodins, des plans qui ne conduisent à rien dans l'intrigue, inutiles pour la plupart. Il change rarement de plans, préférant s'attarder sur des visages expressifs. Ce sont tous ces petits détails qui font croire que ce film est un vrai-faux documentaire. Au-delà de tous ces petiots détails superflus, Des hommes et des dieux est une parfaite immersion dans ce qu'on pourrait appeler des « interrogations de croyances ». Dieu existe-t-il ? Que signifie au juste le titre ? On a des hommes, les moines et les terroristes qui se font la ''guerre'' au nom de Dieu (Allah pour les musulmans). Savons-nous s'il(s) existe(nt) ? Ce qui est sûr, c'est que ces huit hommes sont bien réels. Alors on aurait des hommes, populations pauvres d'Algérie, terroristes, politiques et on aurait de l'autre côté des semi-dieux, bien humains dans leur corps mais finalement mis au rang divin pour leur acte héroïque, leur courage et leur volonté de ''sacrifier'' leur vie pour un être qu'ils adorent sans avoir de preuve de son existence ? Mais le problème n'est finalement pas là. La religion est un second point relégué au deuxième plan.

Privilégiant des explications précises sur les agissements des moines, Beauvois, se glisse dans cette abbaye sacrée, pénètre l'intimité de ces personnes qui, à défaut de n'avoir aucune vie sociale, protègent les faibles, sauvent des vies et ne pensent que pour faire le bien, sans aucunes pensées parasites. Les acteurs sont excellents et l'accord fusionnel se fait vite ressentir entre eux. On ne capte pas forcément, cependant leur foi. On dit que l'habit ne fait pas le moine, je suis pourtant certain du contraire. Ces gens-là, avec un jean, des baskets et un polo, on devine que ce sont des moines ? Et d'ailleurs, le film explique très bien le fait qu'un moine, croyant ou pas, fidèle ou infidèle à Dieu vit comme tout le monde. Comme des gens normaux, ils mangent des frites au souper, plaisantent entre eux, lisent d'autres livres que la Bible, etc, etc.

On pourrait penser tout de même que ces gens-là gâchent leur vie à servir leur idole alors qu'ils pourraient avoir une femme et des enfants dans une vie bien moins compliquée. Mais c'est pourtant eux qui ont décidés unanimement de rester à leur poste pour aider les autres alors qu'ils courraient un grand danger. Et ce sont neuf être apaisés qui ont savourés dans une joie silencieuse leur dernier repas sous l'air musical du Lac des cygnes de Piotr Ilitch Tchaïkovski, riant même alors que l'heure sonne pour eux. C'est quelques heures plus tard qu'est venu le drame. On ne saura jamais comment ces gens sont morts. Ni le pourquoi du comment, ni la manière, ni les conditions. Nous saurons au final qu'ils sont morts dans la paix et la dignité et que, peu importe la façon et les raisons de leur mort, ce que Beauvois veut exprimer à travers 2h00, c'est que ces moines étaient des héros.

Des hommes et des dieux est un conte philosophique bien rythmé, il permet de retracer l'histoire sans en dévoiler la fin (inconnue à ce jour), le metteur en scène n'a jamais cherché à dévoiler sa vision des choses. Là où on pensait que les causes de la mort des sept moines et l'éloge de la religion allaient être accentués, c'est finalement le courage de ces hommes qui a permis au film de s'épanouir. Et c'est à la vue de cet énième plans-séquence de plus de deux minutes où ces hommes disparaissent sous un nuage de neige fait ressortir tous ces moments de grâce du film, ces chants religieux qui font office de BO, ces scènes de dialogues interminables zigzaguant entre deux passages soporifiques, les images d'un monde fou où croyances, idées politiques et rivalités ont provoqués tant de dégâts humains et matériels.

En résumé, belle claque cinématographique surfant sur des idées 100% objectives, l'imagination et les croyances laisseront les spectateurs trancher entre hypothèses sur les hommes et les dieux, reste quelques passages lents et performances d'acteurs à la hauteur des ambitions du dernier film de Xavier Beauvois, passé à deux doigts de la Palme d'Or à Cannes.

Ma note : 7,5/10



Commenter cet article

MillionDollrasBaby 25/10/2010 12:15

Très réussi en effet, quelques scènes sublimes même.

Chris 05/10/2010 21:16

Un film magnifique, et je ne comprends pas ou se trouvaient les deux doigts qui l'ont empêché d'avoir la palme !

Nous sommes sociaux !