Synopsis : A la suite d’un accident de parapente, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. Bref la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter Vivaldi et Earth Wind and Fire, le verbe et la vanne, les costumes et les bas de survêtement… Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra… Intouchables.
Qui aurait cru que les réalisateurs des transparents Nos jours heureux et Tellement proches allaient faire tant parler d'eux, réalisant l'un des films les plus vus en France de tous les temps ? Qui aurait parié sur Omar Sy, alors que toute la France n'arrive pas à le voir autre part qu'au téléphone avec son copain Fred ? Qui aurait pu croire que l'amitié entre un riche infirme et un pauvre banlieusard allait faire déplacer tant de monde, alors que l'Europe traverse une période de crise ? En fait, on ne sait pas vraiment la raison pour laquelle Intouchables a tant cartonné. Avec un sujet vu et revu (clichés sur la banlieue dans Neuilly sa mère par exemple ; thème du handicape dans Le huitième jour), le film du couple Nakache-Toledano parvient à nous faire rire et (presque) pleurer en un temps record. Oui, Intouchables, est un excellent film qui traite d'un sujet grave avec énormément de dérision, et un cœur grand comme ça. Mais bon, il faut savoir être raisonnable et garder les pieds sur terre : bien que très bon, le film ne méritait pas tant de battage médiatique et de tels mouvements dans les salles obscures, ou en tous cas, moins que Polisse ou encore le récent Les Lyonnais.
A peine le film sorti, et c'est déjà la débandade sur les réseaux sociaux : chacun s'amuse à poster des statuts disant « Pas de bras, pas de chocolat », blague archi-connue qui se révèle être la moins drôle (car la plus prévisible) du film. De plus, il faudrait que l'on nous explique la raison de ces applaudissements en fin de séance, applaudissements forcés durant pas plus de 5 secondes. La débilité des médias et des spectateurs (une personne sur deux le considère comme le meilleur film de tous les temps ; on aurait tort de ne pas croire que les deux films complétant le podium sont Avatar et La vérité si je mens 2) gâchent un peu l'énorme potentiel du film, qui se retrouve plus facilement avec un statut de phénomène de mode qu'avec un statut d'œuvre de cinéma.
Cependant, il y a quelque chose de magique qui se produit avec ce film. Peut-être est-ce grâce à cette formidable scène d'entrée, magnifiquement filmée et interprétée, drôle et inattendue à la fois ; et à de nombreuses autre scènes et répliques. Même si certains détails du film viennent tacher le tableau (la secrétaire lesbienne, la scène du parachute, etc), Intouchables restera un film profondément humain, même si les ficelles de l'émotion sont grosses comme les narines d'Omar Sy. D'ailleurs, ce dernier y trouve le rôle qui changera sa vie. Il prouve à la France entière qu'il vaut bien mieux que de finir sa carrière au SAV, et forme une parfaite osmose avec François Cluzet. Incompatibles (l'un est valide, noir, pauvre, drôle ; l'autre est handicapé, blanc, riche et sérieux), ils se complètent et finissent par se communiquer leurs coutumes, jusqu'à presque inverser les rôles (Philippe finit par fumer des joints et parler en verlan, tandis que Driss se met à s'intéresser à l'art et à s'habiller en costume-cravate). Œuvre luttant pour la tolérance, Intouchables va aussi critiquer discrètement l'opéra (scène mythique de ''l'arbre qui chante''), mais aussi l'art moderne et la bourgeoisie en général. Émouvant, hilarant, ce film est, malgré les maladresses, un magnifique conte moderne où tout devient possible, une œuvre optimiste revalorisant la nature humaine, un film fort, tout simplement.
En résumé, la demi-heure passée dans la file d'attente du guichet est vite oubliée, tant Intouchables nous prend aux tripes et fait rire.