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Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


Omar m'a tuer (Roschdy Zem)

Publié par copa738 sur 29 Juin 2011, 21:10pm

Catégories : #Films (Biopic)

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Synopsis : Le 24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée morte dans la cave de sa villa de Mougins. Des lettres de sang accusent : « Omar m’a tuer ». Quelques jours plus tard, Omar Raddad, son jardinier, est écroué à la prison de Grasse. Il parle peu, comprend mal le français, a la réputation d’être calme et sérieux. Dès lors, il est le coupable évident. Il n’en sortira que 7 ans plus tard, gracié, mais toujours coupable aux yeux de la justice. En 1994, révolté par le verdict, Pierre-Emmanuel Vaugrenard, écrivain convaincu de l’innocence d’Omar Raddad, s’installe à Nice pour mener sa propre enquête et rédiger un ouvrage sur l’affaire…

C'est en partant avec l'une des affaires les plus connues de l'histoire de la France que Roschdy Zem nous offre son film. Quelque soit le point de vue adopté, nos idées étaient trop formatées pour que nos avis changent. L'erreur judiciaire du siècle, la faute de conjugaison du siècle, pas le film du siècle (faudrait pas non-plus exagérer) mais un film très agréable qui parvient à passionner et à maintenir du suspense dans une intrigue dont le public connait l'issue. Le film n'est pas original, la réalisation est simple, même si certains passages ressortent bien du tableau grâce au filmage fébrile de Zem (la scène où Vaugrenard va entrer dans la cave, le malaise d'Omar, etc). Ce qui est intéressant dans Omar m'a tuer, c'est que Zem a réussi a rendre intéressant un sujet connu de tous, ce qui peut paraître invraisemblable (c'est comme si un chanteur arrivait à rechanter sa chanson mythique de la même manière, mais en parvenant à la faire redécouvrir à son public). C'est assez terre-à-terre (musique timide, plans simples, etc), mais seuls quelques petits éléments, quelques détails futiles permettent d'en faire une œuvre originale parlant du sujet le plus classique possible, ce qui tient de l'exploit.

Il y a déjà un grand effort dans la chronologie, le film ne se résumant pas seulement à un long flashback ou tout simplement à une narration complètement linéaire. Il y a donc une alternance entre deux moments ancrés dans le passé, ces deux moments se rejoignant vers les ¾ du film. Déjà, Zem marque beaucoup de points (un réalisateur français qui fait une chronologie non-linéaire, ce n'était pas arrivé depuis très longtemps). De plus, il raconte le calvaire de Raddad, tout en prouvant par a+b (le brevet de maths est encore présent, on dirait) l'innocence de Omar (le film prend parti rapidement, ce qui est très agréable quand on est du même avis que le réalisateur) par l'enquête réalisée par Vaugrenard (Denis Podalydès, parfait). Le film n'a pas de vrai but, si ce n'est de développer une thèse évidente, tout en apportant encore plus de preuves pour enfoncer le clou. Là où La Ligne Verte remettait en cause la peine de mort, Omar m'a tuer dénonce tout le système judiciaire en émettant indirectement des idées (magouilles ? vérité cachée ? acharnement ?), ce qui est gonflé, mais finalement évident, quand on expose les faits de cette fameuse affaire.

Au début de ma critique je disais que «  nos idées étaient trop formatées pour que nos avis changent », et finalement, le peu de gens qui croient encore à la culpabilité d'Omar Raddad, ne peuvent que se rendre à l'évidence : ce pauvre jardinier s'est fait avoir. Le fait qu'il soit illettré et qu'il ne parle pas bien le français ont servis (lamentablement) de terreau pour former sa ''culpabilité''. Mais en prenant un peu de recul, et en examinant de près les faits (le film nous évite de passer notre semaine sur Wikipedia), il n'y a pas photo une seconde. Finalement, l'esprit s'embrouille de plus en plus dans la tête (l'innocence de Raddad ne nous suffit plus désormais, nous avons finalement besoin d'un vrai coupable) : Zem parvient même à glisser certaines accusations à propos du meurtre, tout en respectant méticuleusement les évènements. L'émotion nous gagne à la fin, comme si Omar était parmi nous, vulnérable, piégé dans un monde trop fort pour lui. Certaines mauvaises langues diront que Omar Raddad s'en est bien sorti, puisqu'il est sorti de prison en 1998. Zem contredit cette fausse-idée en montrant le traumatisme de Raddad à sa sortie (la scène de la salle de bain, à son retour reste très pesante et met considérablement mal à l'aise). Au fond, en dénonçant l'un des plus gros symboles de l'injustice, le réalisateur dénonce l'injustice en général, et réussi finalement à tous nous toucher dans cette affaire, pour le meilleur mais pas pour le pire, et on commence déjà à parier sur le nombre de Césars que Omar m'a tuer ramassera.

En résumé, porté par la prestation hors-normes de Sami Bouajila, Omar m'a tuer s'annonce déjà comme le ''film français à battre'' de 2011, dans l'attente d'un éventuel concurrent qui serait le bienvenu.4 e¦ütoiles

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Maneze 21/07/2011 16:08

DurJe ne contribue jamais à des critiques, je me contente habituellement de les lire pour connaître la perception des autres, une fois que j'ai vu le film (jamais avant).
Je n'avais pas suivi précisément l'affaire dans la presse, j'en avais juste retenu le fait qu'Omar était en prison sans preuve tangible. Voir ce film m'a mise en colère dès le premier quart d'heure. Je l'ai trouvé très bien filmé, avec pudeur malgré tout ce que l'on peut voir, et brillament joué. Ce qui est le plus dur, c'est de savoir que cet homme vit aujourd'hui ave le refus d'une réhabilitation, et lire la phrase de fin : "Aujourd'hui la juste refuse de confondre l'ADN trouvé avec le fichier national"... incompréhensible. Je pense que pour ceux, qui comme moi ne connaissaient pas l'affaire dans ses détails, la claque a du être immense ! Le fils qui dit monsieur, les inconnus qui vous reconnaissent dans la rue, et la ridicule interdiction d'exercer le métier de jardinier... J'ai vraiment vécu ce film comme une tranche de vie, entre le documentaire et la confidence. Moi qui est la larme très facile, je n'ai pas trouvé que l'on tombait dans le pathos, mais que c'était filmé avec justesse. Les dernières secondes du film avec le visage d'Omar Raddad ont été pour moi les plus dures, car il ne s'agit pas d'une histoire passée mais bien d'un homme qui aujourd'hui vit ce film tous les jours...

copa738 04/07/2011 10:15

@ Magusneri : J'ai trouvé quand même que vers la fin, ça tombait presque dans la pathos, mais globalement, j'ai bien aimé la façon dont la distance était mise entre nous et Omar. Et pour Bouajila, il est bien evidemment impressionant (un César serait plus que normal !).

@ Vincent : Je n'ai pas vu "L'élève Ducobu" mais je ne pense pas qu'on puisse comparer les deux : l'un est divertissant, l'autre est très personnel. J'ai trouvé que Zem avait réussi à rendre passionant ce qui a déjà été vu et revu partout sur tous les supports (Docus', livres, ...). C'était culotté mais au final, ça reste un film d'uen grande qualité. J'ai lu votre critique sur ASBAF "Omar m'a voler mon Iphone" (encore un joli titre), et je suis d'accord sur pas mal de points, après c'est une question de subjectivité, et surtout de la position que l'on occupe dans cette affaire. Si notre avis est 100% comme celui du réalisateur, normal que ça nous plaise...

Vincent 03/07/2011 20:06

T'es fou, y'a 45 films français qui vont le battre ce film, même L'élève Ducobu j'ai trouvé que ça avait plus de gueule.

Magusneri 03/07/2011 00:40

Un bon film de procès/prison, épuré comme il le faut, qui sait toujours prendre la bonne distance par rapport à son sujet, en évitant le pathos facile. Ça n'a pas la surpuissance d'Un Prophète, mais c'est plutôt réussi. Et tu as raison, la performance de Sami Bouajila est saisissante, on ne dirait pas qu'il joue, c'est effrayant !

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