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Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


La Piel que Habito (Pedro Almodovar)

Publié par copa738 sur 31 Août 2011, 20:37pm

Catégories : #Films (Thriller)

 

Synopsis : Depuis que sa femme a été victime de brûlures dans un accident de voiture, le docteur Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d’une nouvelle peau, grâce à laquelle il aurait pu sauver son épouse. Douze ans après le drame, il réussit dans son laboratoire privé à cultiver cette peau : sensible aux caresses, elle constitue néanmoins une véritable cuirasse contre toute agression, tant externe qu’interne, dont est victime l’organe le plus étendu de notre corps. Pour y parvenir, le chirurgien a recours aux possibilités qu’offre la thérapie cellulaire.

Outre les années de recherche et d’expérimentation, il faut aussi à Robert une femme cobaye, un complice et une absence totale de scrupules. Les scrupules ne l’ont jamais étouffé, il en est tout simplement dénué. Marilia, la femme qui s’est occupée de Robert depuis le jour où il est né, est la plus fidèle des complices. Quant à la femme cobaye…

Dans La Piel que Habito, il y a une quantité monstre de détails, d'éléments basiques qui caractérisent pourtant tout un univers, tout un monde, tout un cinéma. Celui d'Almodovar, coloré, froid en même temps, millimétré aussi, toujours avec une maitrise incroyable et un cadrage parfait, inspire le respect. En plus de posséder les plus belles qualités (visuelles, essentiellement) qu'un film peut espérer avoir, La Piel que Habito est doté d'un scénario osé, d'une chronologie ''brouillon'' et d'un ensemble juste fascinant. En voulant rendre hommage à quelques films d'horreurs ''étranges'' qui ont marqués leurs générations, le cinéaste espagnol explore ce style particulier de films, ce style qui mélange pas mal de genres et de sous-genres pour donner un résultat volumineux, avec plein de choses à comprendre et à remarquer, mais en même temps un résultat quasiment parfait, qui nécessite un silence (de notre part) à la vue du générique. Ce silence n'arrive pas par hasard, il se forme au fur et à mesure que l'intrigue avance. L'histoire du film étant complexe, le spectateur se voit obligé de rester cramponné à son siège, obligé de suivre chacun des mouvements des personnages, de tenter de comprendre pourquoi tel élément se trouve ici et non là. Contrairement à un Mulholland Drive où l'intrigue doit se résumer à des éléments comptés (pas d'explications, mieux vaut être attentif aux moindres détails pour comprendre), La Piel que Habito s'explique à la fin, ne laissant plus aucun doute, aucune zone d'ombre. Alors que le film de Lynch laisse le doute à son maximum, pour percuter et surtout pour faire réfléchir (ou aller sur Wikipedia pour comprendre). Almodovar laisse le mystère de côté, et préfère faire naître la fascination du spectateur par l'absurdité et la complexité de ses explications. A la fin du film, les doutes ne sont plus là, mais il reste toujours un fin brouillard au-dessus de nos têtes, cette sensation compliquée à décrire, mais juste jubilatoire à vivre.

Si La Piel que Habito pouvait se résumer en une scène, ce serai sûrement celle du double-flashback dans le lit, un flashback qui étonne par son originalité (le même événement vu par deux personnes différentes, sous un autre angle) que par sa complexité (le spectateur, par ce qu'il vient de voir, croit comprendre la véritable identité de Vera, pour ensuite se rendre compte qu'il s'est trompé et qu'il s'est fait complètement avoir par le réalisateur). Cette scène apparaît à un moment crucial : celui où le film bascule vers des horizons ambiguës (là où les flashforwards arrivent et s'entrechoquent à une vitesse folle, sans que personne ne puisse réagir) et où le spectateur commence à comprendre ce qu'il ne saisissait pas au début, mais voit en parallèle d'autres choses bien plus importantes entrer en jeu, avec toujours un énorme point d'interrogation. Le film peut également se résumer à une performance collective remarquable, à une réalisation simple mais parfaite, à une succession de belles couleurs (la villa remplie de tableaux, de peintures colorées) et de scènes visuellement splendides (le passage d'aspirateur sur les morceaux de tissus, le mur rempli d'écritures). Mais avant toute chose, il faut essentiellement retenir que Almodovar a réussi à regrouper des qualités, a réussi à les assembler, sans fausses note, ni défauts apparents. Et tant de maîtrise (même si notre époque permet, grâce aux nouvelles technologies, à certains cinéastes de frôler la perfection visuellement) inspire le respect.

En résumé, voir un Almodovar pour la première fois reste un moment inoubliable, un moment sacré qui te fait presque oublier tout ce que tu as pu voir auparavant, mais cela reste aussi un moment d'innocence, un moment où l'on reste scotché, pour ne pas voir les défauts qui peuvent paraître évidents, mais totalement invisibles aux yeux de simples spectateurs à peine ''dépucelés'' du cinéma d'Almodovar ; avec le recul, je trouverai certains défauts à La Piel que Habito, mais par pour l'instant, pas maintenant.

 5 étoiles

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Commenter cet article

Alex Torrance 17/11/2011 16:26


Moi aussi j'ai eu la chance d'être "dépucelé" du cinéma d' Almodovar cet été avec La Piel que Habito, et moi aussi j'ai été scotché !J'ai directement enchaîné avec Volver qui a aussi été une
claque.


selenie 14/09/2011 15:24


Antonio Banderas reste trop lisse pour jouer ce chirurgien dérangé et psychologiquement instable. En ce qui concerne la "métamorphose" manque un poil de vraisemblance du point de vue chirurgical.
Un bel esthétisme formel et une Elena Anaya juste parfaite. On reste déçu malgré tout. 1/4


palilia 09/09/2011 23:59


Hola Copa ! bienvenue dans notre antre ! tu n'as pas trop de dommages en ce premier jour de migration mais souvent c'est le second que l'on voit l'étendue des dégâts. Bises


Palilia 06/09/2011 21:00

belle critique Copa ! on sent que tu as été très touché par ce film. Je ne sais pas si je serai capable de le voir un jour en ressentant tout ce que tu as ressenti. Et j'espère que tu nous rejoindras bientôt. En attendant ton blog se charge beaucoup plus facilement, comme celui de Ffred, depuis qu'il y a moins de monde sur allociné (ça doit venir de l'habillage). Bises

Squizzz 05/09/2011 18:57

Je comprends mieux ce 9,5/10 (et non 10/10), tu te réserves la note suprême au cas où un autre de sa filmo t'emporte encore plus !

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