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Copa Cinema

Copa Cinema

De la critique subjective mais juste


Only god forgives (Nicolas Winding Refn)

Publié par copa738 sur 28 Mai 2013, 18:13pm

Catégories : #Films (Thriller)

Only god forgives (Nicolas Winding Refn)

Synopsis : À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue. Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers. Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics…

 

Difficile (impossible?) de cerner la véritable utilité du dernier film du prodige Refn, lui qui avait tant brillé ces dernières années. Only god forgives est un anti-Drive, un anti-cinéma pour être plus général (et plus dur), et un film totalement raté qui se perd dans la facilité et peut-être à cause des niveaux de lectures trop flous. Pas vraiment d'intrigue, juste de belles images, voilà ce que le cinéaste danois nous propose : une belle assiette de faïence avec rien dedans. Pour combler notre appétit, NWR foire complètement son tir, et nous voilà plongé dans 1h30 d'un film lent, inutile, à la limite d'énerver parfois, bref, on ne parlera pas de ''purge'' parce que tout n'est pas mauvais, mais en ressortant, les mots manquent pour exprimer la déception.

 

Difficile également de se rendre compte à quel point le film est mal foutu. On pensera à ce scénario complètement vide, dénué de toute originalité. Ensuite, et c'en est le plus frustrant, on sent qu'il y a une réflexion, des métaphores (on pense aux quelques répliques parlant de Dieu et de l'Enfer, ou aux scènes où la réalité est confuse), mais aucune réponse à nos questions. Qu'on se le dise : c'est surtout de l’ambiguïté conçue pour boucher les trous. Rien ne semble naturel, ni maîtrisé si ce n'est la réalisation (les couleurs sont magnifiques, chaque plan est une œuvre d'art). Le montage est absolument affreux (le monteur a décidé de faire des essais, avec beaucoup de fondus bien laids et un découpage très mou). Et puis s'il fallait parler des acteurs, on ne s'attardera pas sur le cas Scott Thomas : l'actrice polyglotte est surprenante dans un rôle qui pourtant ne lui correspond pas. Et puis, que dire sur Ryan Gosling ? Son impassibilité commence sérieusement à gonfler : on a beau fondre devant sa jolie gueule, rien n'est plus frustrant que de le voir contempler le vide sans jamais qu'un petit son ne sorte de sa bouche. Tout est exagéré, que ce soit la violence, cette histoire de vendetta qui ne passionne absolument pas, ou ce combat ridicule à mains nues dans le silence d'une salle de boxe déserte, et les balafres mal faites sur le visage d'un Ryan Gosling aussi paumé que les spectateurs qu'il regarde avec ses grands yeux de bovin. Et puis l'autre thaïlandais invincible aura beau chanter avec justesse lors du générique, on n'attendra même pas qu'il finisse sa chanson avant de sortir précipitamment de la salle.

 

En résumé, pas besoin de parler thaïlandais pour savoir que le dernier film de Refn est un abominable échec.

 

1 étoile et demi

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abyp 14/06/2013 14:22

On peut certes parler de film déceptif, mais je pense que c’est clairement à mettre sur le compte de l’énorme prise de risque de Refn. J’avais entendu quelque part que Refn avait peut-être voulu montrer ce qu’était réellement son cinéma, après Drive, qui était une commande (et qui est pourtant son film qui a rencontré le plus de succès). Personnellement, j’ai un grand respect pour cette prise de risque, pour cette manière assez radicale d’imposer son style, pour revenir à ses racines stylistiques en somme, après les avoirs « délaissées » le temps d’un film hollywoodien. Voilà peut-être l’utilité de ce film, un moyen pour le cinéaste de se retrouver, et de montrer brutalement à son public élargi qui il est vraiment.

De plus, le film, comme l’ensemble de sa filmographie d’ailleurs, parle de lui (excepté Drive peut-être). Le parallèle avec le deuxième Pusher est d’ailleurs flagrant. On retrouve un personnage impuissant, tant sexuellement que physiquement. Un personnage las qui n’a « pas envie ». Pas envie d’appartenir à ce monde barbare… D’un point de vue plus méta on pourrait dire que le personnage de Gosling n’a pas envie de satisfaire les attentes du public sur une production de ce type, il les démonte au contraire une par une. En effet, à l’inverse de driver cool, Julian est totalement démystifié, humilié, ridiculisé, incapable de baiser, incapable de se battre… mais pourtant c’est le seul individu moral de son milieu. Julian intériorise et n’explose jamais (si ce n’est le temps d’une scène, mais on peut assurément penser qu’elle est totalement onirique).

Pour ce qui est du caractère éminemment fantomatique des personnages qui gravitent autour des figures centrales, c’est certainement à mettre sur le compte de la perception de Julian. Et puis ces lents travellings, ces plans fixes poseurs, ces panoramiques engourdis, sont particulièrement hypnotisant. Le film happe littéralement. Et il est clair que l’intrigue ô combien éculée de série Z n’est pas ce qui intéresse Refn. Il la condense et l’utilise pour exposer ses thématiques métaphysiques (la recherche de la Foi, d’un Guide, de la Rédemption) et en fait également ressortir un aspect de grande tragédie grecque, une sorte de mélange entre les Atrides, Œdipe (d’un point de vue freudien, mais détourné) et Médée… Ceci est renforcé justement par la forme, qui donne à cette histoire simpliste une grande profondeur (ce qui était déjà le cas, dans une moindre mesure, de Drive).

Et puis le film fait quasiment figure de « best-of » de sa filmographie, il réutilise l’ambiance pesante et hypnotique, cosmique, de Valhalla Rising, les couleurs agressives et les poses de Drive et Bronson, le milieu glauque et sordide des Pusher… Pour moi il s’agit certainement de son meilleur. Mais il manque toujours quelque chose… Je dirais que par moments l’aspect « exercice de style » pour « exercice de style » se fait trop ressentir (surtout lors du finale), et on retrouve ce qui plombait déjà un peu Valhalla, c’est que malgré la profondeur certaine d’une grande partie de l’œuvre, au finale on se demande tout de même où Refn va.

copa 15/06/2013 11:42

Je comprends ce que tu exprimes là, mais tout de même tu parles un peu de Bronson, qui est l'un de mes films préférés. Dans Bronson, il y a une vraie histoire, un personnage charismatique, un ton donné au film (beaucoup de second degré). Là il n'y a rien, enfin sûrement beaucoup de réflexion (le complexe d'Œdipe par contre, épargnez-moi ça, c'est l'argument préconçu des adeptes du film pour lui trouver une portée philosophique). Mais c'est très mal mis en œuvre, et lorsque l'intrigue ne passionne pas, tout ce qu'a voulu dire Refn, ça ne passe pas.
Et c'est plutôt bizarre : le combat en face-to-face entre Gosling et le niakwé, sans aucunes raisons, les bras coupés c'est un peu chiant (et même énervant), et puis la scène qui a beaucoup fait jaser (les pics dans les jambes, etc), avec les femmes qui doivent fermer les yeux, pfffff c'est ridicule, enfin c'est pas du tout crédible et on sent que c'est orchestré uniquement pour que les spectateurs disent "Waaaaaaah quel génie créatif, et c'est hyper poétique, de la violence explicite au milieu de prostituées qui ferment les yeux". J'ai vraiment eu l'impression que le film a été fait uniquement pour énerver le spectateur lambda et impressionner les spectateurs adeptes du cinéma expérimental (d'où l'hommage a Jodorowsky). Mais il ne faut pas tomber dans le piège, quand un film est raté, il est raté. Et puis les belles images, les scènes invraisemblables, et les personnages taciturnes, j'en ai un peu ras-le-cul.

mymp 30/05/2013 14:01

Un grand beau film raté. Ce n'est pas un abominable échec, allons, plutôt une tentative d'aller plus loin encore que Valhalla rising. Refn n'y est pas parvenu, sauf que son film a quand même de la gueule. Forcément décevant, mais pas mauvais.

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