Synopsis : Dans un avenir proche, les élèves de la classe B de 3ème du collège Shiroiwa ont été amenés sur une île déserte par une armée mystérieuse. Un adulte surgit tout à coup devant eux : leur ancien professeur Kitano. Il leur annonce qu'ils vont participer à un jeu de massacre dont la règle consiste à s'entretuer. Seul le dernier des survivants pourra regagner son foyer. Kitano leur présente deux nouveaux élèves très inquiétants. Des coups de feu retentissent pour convaincre les incrédules. Selon la loi de réforme de l'éducation pour le nouveau siècle, ce sacrifice permettra de former des adultes sains. Abandonnés chacun à son sort avec de la nourriture et une arme, les adolescents disposent d'un délai de trois jours pour s'entretuer.
A peine revenu de son stage de journaliste, entretenir mon blog n'aurait pas été déconseillé... Il faut que je m'affaire au plus vite d'une critique de film car le départ en vacances approche et qu'il est prévu un pour dimanche un papier sur mes 50 films préférés (ce qui demande beaucoup de temps et de boulot).
Alors sans plus attendre voici une petite critique rapide sur un film vu deux semaines auparavant. Cette critique sera aussi agrémentée d'un petit mono-débat philosophique sur ce qui aurait pu se passer dans ce film avec d'autres schémas scénaristiques, autres contextes et autres protagonistes. Voilà donc la critique de Battle Royale.
Film japonais qui fit jaser bons nombres de cinéphiles occidentaux, uvre d'une brutalité déconcertante et à l'histoire aussi originale que troublante, ce Battle Royale est ce qu'on peut appeler le ''renouveau du cinéma asiatique'' qui poussera certains cinéastes asiatiques (Miike, Wook, ) à se lancer dans des uvres marquantes qui ne lésinent pas sur la violence.
Les premières questions qui viennent dès les toutes premières minutes se rejoignent toutes. On se met directement à la place des personnages, on se met dans leurs contextes psychologiques (anarchie scolaire, période de crise, manque de discipline, profs poignardés, ) et on se demande ce qui pourrait bien se passer si ce serai nous à leur place. Étant un collégien, je ne peux que m'identifier à eux, penser que je connais certains de mes camarades depuis des années et qu'il me serait incapable de les tuer. Mais la soif de liberté, de la vie ne peut-elle tout simplement pas tuer un être humain ? Comment expliquer ce fameux crash d'avion où les survivants durent manger les morts pour rester en vie ? Cela ne s'explique pas, c'est l'envie de vivre, de se surpasser pour ne pas mourir. Et peut-être que cela veut dire que tous les gens de ce monde sont d'une implacables cruauté, que la race humaine est déplorable et que ce ''jeu'' n'est que le fruit d'une étude ayant pour but de dénoncer la nature humaine. Mais sachant que c'est un film d'anticipation, on ne peut que redouter l'apparition de ces périodes de crises où les élèves sèchent les cours et où les meurtres s'enchainent. Ces petits problèmes, bien plus dangereux que la pénurie d'essence peuvent arriver à tous moments, et même si le jeu de BR est totalement absurde, imaginer un seul instant à une potentielle création de ce genre d'études serait inexplicable.
Maintenant la thèse du jeu étant écartée, s'attaquer au film en lui même serai facile. Une fois l'idée en tête que ce cas de figure est impossible, la violence graphique du film n'est presque que secondaire. Il est vrai qu'une hache plantée dans la tête ça fait mal, il est vrai que les bains de sang s'enchainent vite mais cela paraît tellement irréel que le contenu explicite (il n'y a pas de sexe) du film passe presque inaperçu. C'est finalement l'expression des visages qui marque le plus. Les filles assassines font peur tant leurs visages sont remplis de haine. Chaque meurtre s'explique ''naturellement'' et trouve une force narrative intéressante (aussi complexes que tous les meurtres de Pulp Fiction). Quant au jeu en lui-même, il n'est pas si con que ça. Le coup des armes en plastique révèle le côté approximatif d'un jeu si bien structuré (colliers explosifs avec micros, GPS, artillerie de soldats, interphone qui fonctionne sur tout l'île, heures de pointes organisées, etc, etc) et au final, le dénouement reste assez symbolique dans son ensemble.
Car oui, mesdames, messieurs, ce final rappelle une grande chose fondamentale (vous le sentez arriver le spoiler ?). C'est que ce sont finalement les deux élèves qui n'ont (presque) tués personne qui s'en sortent. Alors que tous ces meurtriers sont là pour rappeler que la haine et l'envie de tuer n'est en aucun cas la bonne façon de gérer une situation de la sorte. Pour ma part, si j'avais été à la place d'un des protagonistes je me serai trouvé une bonne planque, j'aurai attendu le dernier jour en suivant de près le nombre de morts (sans oublier d'éventuellement changer de cachette en fonction des ''zones à éviter'') et j'aurai essayé d'assassiner le moins de gens possible, laisser les autres s'entretuer et tenter de sauver ma peau une fois le jeu terminé.
Il est vrai cependant que la réalisation du film reste plate, sans aucun effet. Mais c'est tout de même le scénario qui vient sauver la baraque avec quelques trouvailles intrigantes et quelques points en rapport au jeu qui s'avèrent être bien choisis. Mais pour continuer dans les points négatifs, je viendrai juste apporter ma petite plume de casse-couille qui n'est jamais content en disant que le final est tiré par les cheveux et enlève finalement le côté réel que j'avais en partie réussi à oublier au début mais qui avait réapparu en cours de film, tant les images sont saisissantes et les acteurs crédibles. Car (spoiler) le coup de Kitano qui se fait mitrailler puis qui se relève comme une fleur pour répondre à sa femme (ou sa fille, je ne sais pas trop), lui dire « Ta gueule ! » et se laisser mourir sur le canapé. Ça aurait peut-être pu être drôle mais ça paraît tellement fou et bidon que ça m'aurait presque mis mal à l'aise. En cachant aussi qu'à la fin, les trois survivants enlèvent leurs colliers facilement alors qu'il étant en principe ''impossible de l'enlever'', ça a aussi tendance à m'énerver. Car il n'y a rien de plus chiant dans un film en apparences simple de ne pas comprendre quelque chose de complètement tarabiscoté et triplement ambiguë qui n'a donc rien à foutre dans un film de ce genre. C'est ce petit détail (fu)tile qui m'a profondément déçu dans un film qui n'avait pas encore fait de faux-pas et qui se rétame dans les derniers hectomètres comme un marathonien qui glisse sur une flaque d'eau à quarante mètre de la ligne d'arrivée.
En résumé, c'est finalement sur une note négative que je suis reparti alors que l'ensemble du film m'avait hautement captivé, je garderai toujours en tête l'une des premières images où la dernière gagnante (japonaise avec des bagues au sourire aussi machiavélique que dérangeant) du jeu qui rigole alors que sa chemise es ensanglantée, beaucoup de positif pour un film assez puissant qui doit sa fière chandelle à la performance innée d'un Takeshi Kitano en grande forme.
Ma note : 7,5/10