Synopsis : Deux hommes se réveillent enchaînés au mur d'une salle de bains. Ils ignorent où ils sont et ne se connaissent pas. Ils savent juste que l'un doit absolument tuer l'autre, sinon dans moins de huit heures, ils seront exécutés tous les deux... Voici l'une des situations imaginées par un machiavélique maître criminel qui impose à ses victimes des choix auxquels personne ne souhaite jamais être confronté un jour. Un détective est chargé de l'enquête...
Un synopsis alléchant, un gros buzz et une multitude de suites qui suscitèrent l'engouement des fanatiques de gore, Saw a défrayé la chronique partout où il est passé. Il a fait peur, a renouvelé le genre du survival et a enterré définitivement les films d'épouvantes à deux balles de la même époque. On a toujours refusé de penser un seul instant que ce film était une uvre terrifiante avec sursauts et tout le bataclan, non. Bons nombres de préjugés néfastes et franchement hasardeux ont laisser comprendre que c'était, grossomodo, du gore pour du gore, du dégueulasse pour du dégueulasse, du glauque, du morbide, du sang de la chique et du mollard... Mais au diable ces vieux clichés qui pourraient vous faire réfléchir à deux fois avant de regarder Saw, c'est tout de même l'un des films d'horreur qui a fait le plus jaser ces derniers temps. Certes, plus pour le nom du sixième épisode de la saga (phonologiquement, Saw 6 = saucisse), mais aussi pour le public qu'il s'est trouvé, pas que des gothiques assoiffés de sang, mais aussi pas mal d'adolescents en quête de sensations fortes. Et je peux vous dire qu'avec ce film, il va y en avoir.
Réellement, Saw est un chef d'uvre. Il met en scène habilement quelques images alléchantes qui marient à la fois psychologie, gore, frissons, sursauts et intrigue bien menée. Car cette histoire, ce n'est pas uniquement une femme qui déchiquette le ventre d'un pauvre innocent (vivant) au canif pour sauver sa peau, ce n'est pas qu'un mec qui plonge sa main dans de la merde pour trouver une clef, ce n'est pas que du sang qui gicle sur les murs. C'est un film très malin, astucieux, habile et dangereusement efficace. Là où certains films comme Cannibal Holocaust choquaient par leur gore, là où Shining accentuait la peur par une psychologie intense, là où les films de Carpenter ou de Craven vous faisaient à la fois peur et sursauter, là où de nombreux films policiers vous laissaient perplexes devant de magnifiques twists finals, Saw combine le tout, en fait une pâte bien molle et déverse le tout dans des petits pots. Le contenu de ces pots est fertile et nous est dévoilé durant tout le film, pour le grand bonheur du public, qui voit enfin ce qu'est le vrai cinéma de genre.
Après, il y a ce style propre au film, presque indescriptible. Semblable à un clip un peu glauque, Saw est très bien filmé, très constructif et utilise très bien la musique. Une musique très spéciale, des airs très durs, entre le punk-gothique et le hard rock. Et pour l'anecdote, j'ai vraiment eu l'impression d'entendre les mêmes musiques que celles qu'écoute Abby (NCIS) dans son laboratoire. Il y a des accélérations de rythmes, et d'images, des successions de reprises de scènes pour expliquer la psychologie et les raisonnements des personnages. Il y a bons nombres de choses à décrire dans ce film, ce qu'il faudra retenir, c'est que jamais une réalisation aussi dérangeante n'avait été signalée dans un film gore.
Quoi d'autre à dire sinon ? Le pitch initial ? Deux mecs emprisonnés dans une salle de bain délabrée doivent déchiffrer un code pour s'en sortir. Même s'ils ont peu de chance, l'un a une autre option, tuer l'autre et il sera libre. Enchainés, obligés de se couper la pied pour se détacher (reprise non-avouée de Mad Max), les deux ''héros'' se bouffent la gueule pendant 1 h 30, et malgré de jolis flashbacks évoquant les ''exploits'' du tueur, l'intrigue reste essentiellement basée sur cette fameuse salle de bain. Une bougie qui enflamme un homme vif, un gars qui se tuent en voulant sortir d'une prison faite en fils barbelés, une machine rouillée qui casse la mâchoire au bout d'une minute, voilà en quelques exemples les idées tordues de notre cher tueur au puzzle, qui joue avec les nerfs des personnages et nous invite à se prendre au jeu. Et on s'y prend figurez-vous. Toute la durée du film est faite de trouvaille jouissives, dégoutantes, mais vraiment inventives. Les scénaristes ouvrent un coffre à jouets et les transforment en une machine à tuer, perverse, et complètement barge.
Par delà le gore, l'intrigue et les trouvailles, se cachent une véritable épreuve de force où nous attendent sursauts, hémoglobine et véritables moments de panique. Impossible de ne pas voir nos poils se hérisser lors de nombreux retours en arrière où Jigsaw capture les deux cobayes. Impossible de ne pas repenser à notre chère enfance lorsque la fille du docteur voit le tueur caché dans son armoire à peluches. Jouant avec des contrastes, jeux de lumière et ''paysages'' lugubres, James Wan nous fait trembler, et c'est là le point fort du film. C'est qu'il arrive presque parfois à se prendre en dérision, mais fait peur, donne envie de vomir, dérange, et oublie diaboliquement toute logique, ce qui permet à l'intrigue de se développer à sa guise.
Reste finalement cette fin, tellement imprévue qu'elle provoque à coups sûrs un « Non, c'est pas possible ! ». L'un des plus grands coups de théâtres de l'histoire du septième art, et je ne mâche aucunement mes mots. Un twist ending qui tue, percute et donne une seule envie, voir Saw 2 pour en apprendre un peu plus sur le tueur qui attise presque la sympathie du spectateur, éberlué par ces ''prouesses''. Car à force de nous mener dans d'incalculables fausses pistes, le spectateur s'est perdu dans les rouages machiavéliques de Saw, mais en ressort totalement essoufflé, subjugué parce qu'il vient sûrement d'assister au renouveau de l'horreur : Saw, c'est l'épanouissement du cinéma d'horreur contemporain qui ouvrira de nombreuses portes et permettra aux autres de pousser encore un peu plus loin dans l'insoutenable. Amateurs de gore et de grand cinéma suffocant, ce billet était pour vous...
En résumé, provocant une révélation chez moi, je vais m'empresser d'aller voir le 2, pour frissonner encore plus et pour voir si, oui ou non, il est possible de faire plus sadique et plus tordu que le premier opus.
Ma note : 9/10