Synopsis : D’après l’histoire vraie et méconnue du père de l’actuelle Reine Elisabeth, qui va devenir, contraint et forcé, le Roi George VI (Colin Firth), suite à l’abdication de son frère Edouard VIII (Guy Pearce). D’apparence fragile, incapable de s’exprimer en public, considéré par certains comme inapte à la fonction, George VI tentera de surmonter son handicap grâce au soutien indéfectible de sa femme (Helena Bonham Carter) et d’affronter ses peurs avec l’aide d’un thérapeute du langage (Geoffrey Rush) aux méthodes peu conventionnelles. Il devra vaincre son bégaiement pour assumer pleinement son rôle, et faire de son empire le premier rempart contre l’Allemagne nazie.
A première vue, Le Discours d'un roi semble être peu sincère, semble être un film fait pour les Oscars, pour rafler des prix et attirer du monde dans les salles. En y regardant de plus près, on ne peut que confirmer nos premières impressions, sans pour autant nier le fort potentiel de Tom Hooper à nous faire vivre son histoire. Pour impressionner le jury hollywoodien, Hooper sort la grosse cavalerie, offre une réalisation simple mais efficace, une histoire très maitrisée, et surtout de bons acteurs. Bonham Carter (l'un de ses tous premiers rôles sans faire l'hystérique de service), Rush (Capitaine Barbossa en orthophoniste) et surtout Firth (hanté par son bégaiement) contribuent énormément au succès du film. Et pour attirer encore plus de monde, on n'oublie pas l'humour so british (très efficace cependant).
Seulement, et même si la réalisation de Hooper est peu recherchée (genre trois beaux plans repartis sur 1 h 58), la mise en volume de son histoire est des plus convaincante. Il joue avec son public, le laissant se poser des questions sur les progrès éventuels du futur roi, sur la pseudo-expérience de Logue ou de la manière dont les évènements (monté du nazisme, mort du roi) vont s'enchainer. Malgré tout cela, Hooper nous invite également dans la vie de Bertie (surnom du personnage de Firth), montrant alors que le bégaiement n'est pas un handicap uniquement dans les métier d'orateurs, mais que cela peut nuire à votre vie de famille (scène abominable où il ne parvient pas à raconter une histoire à ses filles). Et c'est à ce moment-là qu'on pourrait se dire que Hooper nous manipule, qu'il essaie de nous tirer quelques larmes (en vain) où nous faire crier au chef d'œuvre avec les performances d'acteurs ou autres (en vain). En fait, si on essayait de chercher la petite bête, on en viendrait à la conclusion que Le Discours d'un roi est un film malhonnête, qui essaie désespérément de se faire aimer par un public devenu difficile avec les années. Le Discours d'un roi n'est peut-être pas un film humble, mais ça ne l'empêche pas d'être brillant.
En plus de suivre une intrigue historique mise à l'écart rapidement, nous apprenons à comprendre les bègues, à comprendre d'où cela vient (traumatisme dû à la nounou, main gauche corrigée, remise en place des genoux) et la manière de le soigner, avec plus ou moins de réussite (billes dans la bouche, parler en chantant, dire des gros mots). Comme si le but était de nous rallier à leurs problèmes, à ne pas mésestimer les ravages que cela peut produire, bien au-delà d'un discours contre la montée nazie. On pourra toujours dire que ce film est lent, tient de l'anecdotique, et tente de manipuler son public, mais sa qualité est indéniable, et malgré peu de prises de risques (juste une petite utilisation de fuck), Le Discours d'un roi s'avère être prenant, saisissant, et particulièrement convaincant. Que le scénario soit tiré d'une histoire vraie permet également de se situer, de se dire qu'il est possible que des gens aient des problèmes de ce genre. Pour nous saisir encore plus (nouvelle forme de manipulation), Hooper filme des décors avec des couleurs froides, donnant alors des frissons aux spectateurs, qui pensent sûrement être paralysés par la beauté du film.
Tout compte fait, Le Discours d'un roi est une sorte d'attrape-couillons qui use de nombreux stratagèmes (moments émouvants, reconstitution historique, musique, couleurs froides) pour faire croire à son public qu'il assiste à un film à sensations, comme jamais on ne l'avait fait auparavant. Même si le fait que l'œuvre de Hooper soit assez déstabilisante (jusqu'où peut aller la malhonnêteté du réalisateur ?), elle nous permet tout de même de se rendre compte qu'il a fait du beau travail, même si la façon d'amadouer les spectateurs est unorthodox. Et c'est à la vue de ce fameux speech de fin qu'on ne peut que se résigner à penser que Hooper à parfaitement maitrisé son film.
En résumé, même si c'est un film fait pour les Oscars et pour faire un carton au box-office, on ne peut pas faire semblant de passer à côté de ces nombreuses qualités (acteurs, musique, scénario, …).