Synopsis : Micky Ward est un jeune boxeur dont la carrière stagne. Il va rencontrer Charlene, une femme au caractère bien trempé, qui va l'aider à s'affranchir de l'influence négative de sa mère, qui gère maladroitement sa carrière, et de ses sœurs envahissantes. Son demi-frère Dicky Eklund, lui, a connu la gloire sur le ring, il y a bien longtemps. C’était avant qu’il ne sombre dans la drogue, avant son séjour en prison. Entre le sportif en quête d’un second souffle et l’ex-toxico, il y a longtemps que le courant ne passe plus. Trop de non-dits, d’échecs et de souffrances. Pourtant, parfois, les hommes changent, et Micky et Dicky vont peut-être avoir ensemble, la chance de réussir ce qu’ils ont raté chacun de leur côté…
Premiers instants calamiteux d'un film qui commence déjà à me taper grave sur les nerfs (stéréotypes sur la boxe, famille qui frise le summum de la beaufitude : 7 filles laides et au QI d'un petit poids, frère défoncé au crack, mère abusive, beau-père obèse). La boxe, Rocky nous l'a fait en version idyllique, et Raging Bull en version dramatique et pessimiste, alors qu'est-ce que Fighter peut apporter de nouveau au genre ? On se dit alors que ce n'est pas possible que ce film soit ze movie dont tout le monde parle. Mais c'est quand qu'on vibre ? C'est quand qu'on s'amuse, et que l'intrigue décolle ? Il est prévu pour quand le grand frisson ? Mis à part une bonne utilisation de la musique et une très bonne scène d'entrée, tout est à jeter dans Fighter, mais c'était avant que les choses ne prennent une toute autre direction...
En effet, dès que le personnage de Dicky (Christian Bale, vraiment très impressionnant – Oscar amplement mérité) se retrouve en prison, c'est le déclic, le vrai moment qui change ta sale petite vie de cinéphile, le moment où tu comprends que tu n'est qu'un con pour avoir osé t'ennuyer devant les premières minutes de Fighter. Car ces premiers moments, sans action, ni vraie psychologie, ainsi que quelques éléments qui t'embrouillent (Dicky, il a mis KO ou juste fait tomber Sugar Ray ? Il est sur quoi le documentaire ? La drogue ? Le come-back de Dicky ?), mais ils permettent au spectateur de véritablement se cibler dans le contexte. A savoir : la ville de Lowell, touchée par le chômage et la dégradation (matérielle et intellectuelle), trou-du-cul du monde par excellence n'est pas l'endroit pour un champion. Ce champion, Micky, poussé par sa famille, devra s'affranchir de cette dernière, pour sa carrière, mais pas seulement. Car la boxe n'est qu'un prétexte pour David O. Russell pour dévoiler ce qu'il veut : montrer que la famille peut briser tes rêves, juste parce que l'ainé à échoué, mais qu'il est quand même un héros, et que le cadet doit réussir, etc. Dicky étant le favori, Micky se retrouve alors effacé, commandé et manipulé par ses sœurs et surtout par sa mère (l'étonnante Melissa Leo). Pris au piège dans l'engrenage de l'amour qu'il porte à sa famille et à la fraternité, il devra tout de même quitter son petit monde, aidé par l'arrivée d'une femme dans sa vie, et l'absence de son frère, qui le libère d'un poids. La boxe n'est qu'un objet de style pour Russell, qui s'en sert pour maintenir le suspense. Le but du film étant de montrer la métamorphose de Micky, sportivement, et psychologiquement.
Débarrassé de sa famille, les victoires s'enchainent (magnifique montage des matchs gagnés par Micky, avec de magnifiques ralentis et prises de vues saisissantes) et la confiance revient. Mais pour que tout le monde soit content (on est en Amérique : tous les rêves se réalisent, tout finit bien), Micky revient vers sa famille, pour livrer un combat finale époustouflant, suspense garanti et frissons au rendez-vous, venant clore un film haletant et très humain, avec toute la maestria du monde. Un film comme ça te donne envie de croire en toi, de te surpasser, et de prendre des décisions. Le personnage joué (à la perfection) par Mark Wahlberg est le parfait archétype du mec trop timide pour affronter les nombreux membres d'une famille qui n'a jamais rien réussi (échec scolaire des filles, divorces, échec sportif de Dicky) et qui veut sauver son honneur par le biais d'un membre, celui qui a le moins de personnalité mais qui a certainement le plus grand cœur. Manié comme un pantin articulé, il saura se défaire de ce poids, sans oublier son frère, son idole, modèle, et meilleur ami. Russell montre à la perfection que les gens changent, que tout est possible dans le meilleur des mondes. Même si la vision ultra-positive du réalisateur s'éloigne un peu de la réalité, le fait que ce soit une biopic laisse davantage espérer. Car il n'y a rien de plus positif que l'espoir, dans ce monde corrompu par bien de choses négatives. Ce genre de films, le cinéma en a besoin pour exister. Ce genre, de films, le cinéma en a besoin pour briller.
En résumé, véritable leçon de vie, Fighter doit se prendre au premier degré et s'apprécier à sa juste valeur : un film qui revalorise tout ce que vous pensiez être mauvais (la boxe devient plus noble qu'on ne le pensait) et qui brille par son humanité et sa simplicité.