Synopsis : Une soirée bien arrosée d'octobre 2003, Mark Zuckerberg, un étudiant qui vient de se faire plaquer par sa petite amie, pirate le système informatique de l'Université de Harvard pour créer un site, une base de données de toutes les filles du campus. Il affiche côte à côte deux photos et demande à l'utilisateur de voter pour la plus canon. Il baptise le site Facemash. Le succès est instantané : l'information se diffuse à la vitesse de l'éclair et le site devient viral, détruisant tout le système de Harvard et générant une controverse sur le campus à cause de sa misogynie. Mark est accusé d'avoir violé intentionnellement la sécurité, les droits de reproduction et le respect de la vie privée. C'est pourtant à ce moment qu'est né ce qui deviendra Facebook. Peu après, Mark crée Thefacebook.com, qui se répand comme une trainée de poudre d'un écran à l'autre d'abord à Harvard, puis s'ouvre aux principales universités des États-Unis, de l'Ivy League à Silicon Valley, avant de gagner le monde entier... Cette invention révolutionnaire engendre des conflits passionnés. Quels ont été les faits exacts, qui peut réellement revendiquer la paternité du réseau social planétaire ? Ce qui s'est imposé comme l'une des idées phares du XXIe siècle va faire exploser l'amitié de ses pionniers et déclencher des affrontements aux enjeux colossaux...
4 Golden Globes, élu meilleur film de l'année 2010 par le magazine PREMIERE (et avec une sacrée avance sur le deuxième), près de 1,5 millions de spectateurs en France, The Social Network a fait l'unanimité en 2010. Et quand le scénariste de A la maison blanche et le réalisateur de Benjamin Button sont dans le coup, curieusement, on a tendance à croire à l'engouement provoqué par ce film dont le script n'a rien d'intéressant, à première vue. Mais le nouveau film de Fincher est tout ce qu'il manque au cinéma populaire américain de nos temps : des dialogues intelligents, un scénario innovant, de l'originalité, et de bonnes grosses prises de risques (un peu comme l'avait fait Inception en été dernier).
Dès la scène d'entrée, on se prend au jeu de ce film qui s'annonce assez dur à suivre (dialogues rapides, en VO bien sûr, chronologie confuse). Comment ne pas déjà crier au génie devant ce dialogue où un geek se fait plaquer par sa copine car elle en a trop marre de ne pas pouvoir suivre ses doubles-conversations qui parlent en même temps d'aviron et de final clubs qui obsèdent notre héros ? Même si on a du mal à savoir comment se déroule l'histoire (flashback or not flashback ?) au début, on comprend par la suite et c'est là que se dégage tout l'intérêt du film. Cependant, qui peut-être intéressé par la création de Facebook ? Même si ce fameux site internet vaut plus de 20 milliards de dollars et a un demi million d'inscrits dans plus de 200 pays dans le monde, on s'en tamponne de savoir si c'est un rat ou un nerd qui l'a inventé. Mais David Fincher parvient à nous rendre palpitante une histoire en apparences soporifique. Chaque réplique se savoure, chaque mot semble croustiller sous nos dents, semble s'emparer de nous, comme si Fincher nous hypnotisait tant sa mise en scène colle avec le scénario et les dialogues.
Dans The Social Network, il y a aussi des acteurs. Andrew Garfield et sa gueule d'ange, particulièrement convaincant. Sans oublier Justin Timberlake, impressionnant et 100% tchatche (un peu comme le film) : c'est lui qui est le plus en osmose avec l'univers du film. Et comment ne pas penser aux frères qui auraient eu l'idée de Facebook : les deux sont de vrais clones, seul leur voix (l'une, rocailleuse, et l'autre beaucoup plus normale) les différencie. Mais là où le film brille, c'est par le choix de Jesse Eisenberg. Hilarant, ne laissant passer aucun sentiment, on retiendra surtout la façon étrange qu'il a de parler à toute vitesse. Sa voix porte et il est vrai que le personnage qu'il incarne est plutôt sympathique.
The Social Network parle de Facebook, certes. Mais que ce soit ça ou un autre site, aucune importance. Il sera avoué que le personnage de Mark Zuckerberg n'a rien avoir avec celui joué par Eisenberg. Fincher a juste montré que le sujet le moins convaincant de tous les temps pouvait être réalisé avec passion, style et de très bons goûts cinématographiques (utilisation de la musique, couleurs, réalisation). On entend aussi partout que le personnage joué par Jesse est antipathique, mais je l'ai trouvé au contraire touchant, drôle, intelligent. Faisant rire, réfléchir, on essaiera durant tout le film de le comprendre à travers ses agissements (vol d'idée, trahisons, pas d'amis, …), sans jamais y parvenir. Mark Zuckerberg, un solitaire, a créé un site où des gens se rencontrent, parlent entre amis. C'est ce qu'on appelle le paradoxe de la vie. Et encore plus que tout ça, il nous est démontré qu'un homme peu sociable, un peu dans les nuages, détestable dans son entourage, has-been (claquettes-chaussettes par temps de neige), traité de con, et no-life en plus, peut en fait avoir des rêves, des objectifs qu'il parviendra à atteindre. Car Mark n'est pas cet abruti mal dans sa peau comme on ose le prétendre (bourré de TOC, comme le montre la dernière scène), c'est un être humain différent des autres, reclus de la société comme tous les autres geeks de sa génération, mais il est aujourd'hui l'une des personnes les plus riches de ce monde et dont l'invention a réunis le monde entier et continuera sûrement à le faire pendant longtemps. C'est donc la revanche de ce personnage important et sympa contre un monde pas fait pour lui. Il a su saisir sa chance, et c'est finalement le message du film : bien au-delà de la création de Facebook qui n'est qu'un prétexte, Mark Z est devenu un exemple à prendre, une personnalité hors du commun et un génie.
En résumé, pas le meilleur film de 2010, mais une grosse claque tout de même grâce à un scénario envoutant, d'excellents acteurs, une réalisation inspirée et une morale difficile à saisir, mais un ensemble innovant, surprenant et imprévisible : une vraie réussite boostante qui nous plonge dans le monde des génies de l'informatique (la scène où Mark créer Facemash est déjà rentrée dans les annales) avec en fil rouge un long procès sur la création du site social le plus connu au monde, du grand art.