Synopsis : Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave qui peut l’aider à traquer les frères Brittle, les meurtriers qu’il recherche. Schultz promet à Django de lui rendre sa liberté lorsqu’il aura capturé les Brittle – morts ou vifs. Alors que les deux hommes pistent les dangereux criminels, Django n’oublie pas que son seul but est de retrouver Broomhilda, sa femme, dont il fut séparé à cause du commerce des esclaves… Lorsque Django et Schultz arrivent dans l’immense plantation du puissant Calvin Candie, ils éveillent les soupçons de Stephen, un esclave qui sert Candie et a toute sa confiance. Le moindre de leurs mouvements est désormais épié par une dangereuse organisation de plus en plus proche… Si Django et Schultz veulent espérer s’enfuir avec Broomhilda, ils vont devoir choisir entre l’indépendance et la solidarité, entre le sacrifice et la survie…
On avait pu voir, dans les décors et l'ambiance de Kill Bill 2, ainsi que dans la musique de Inglourious Basterds, que Tarantino avait un faible pour le genre du western. Django Unchained arrive donc logiquement dans nos salles, et l'attente fût longue. Il faut dire que notre Quentin international a pris le temps pour que son film s'approche le plus possible de la perfection. S'efforçant de faire un maximum de scènes en décors naturels, opérant à des choix minutieux dans la sélection des acteurs et la rédaction du scénario, QT a fait de son Django une œuvre très personnelle, et c'est ce qui le rapproche le plus de Pulp Fiction. Vous l'aurez compris, le dernier Tarantino est un vrai chef d'œuvre, gros défouloir jubilatoire maitrisé de A jusqu'à Z, sans aucun temps mort, ni faute de goût, un impressionnant festival d'effets visuels et de dialogues excellents.
Le générique d'ouverture installe déjà cette ambiance toute en hommage au vieux Django de 1966, série Z affreuse visuellement, dont l'acteur principal fait un court cameo dans une confrontation avec Jamie Foxx, le nouveau Django. Seulement, en plus d'être un très bel hommage au genre du western spaghetti, le film est une parfaite illustration du talent du réalisateur américain, capable de rendre son scénario vivant, lui donnant un souffle si puissant que le divertissement est d'une qualité indéniable, et donc, les 2h45 passent très vite.
La première partie est la plus dense du film : Jamies Foxx et Christoph Waltz forment un duo improbable, peut-être l'un des plus beaux depuis Jules Winfield et Vincent Vega. Beaucoup d'action, de rythme, on s'attache rapidement aux personnages et on se lie à leur quête. On ne se privera pas de magnifiques décors, plans, effets de montage, qui nous sont offerts en supplément. Dès l'arrivée dans la maison de Candie (Leonardo DiCaprio, exceptionnel dans le rôle d'un bad guy aux dents pourries), le film prend un tournant inattendu : l'intrigue se pose, s'étale, et laisse beaucoup plus le temps aux dialogues de s'installer. Le bain de sang final, hommage à Scarface, arrive sans surprise, et c'est le seul faux-pas du film, d'autant plus que l'invincibilité de Django est ici un peu exagérée. Le film possède donc un rythme irrégulier, mais surprenant.
Surprenant, tout compte fait, c'est le mot à retenir. Tarantino, en plus de nous offrir un spectacle de haute qualité visuelle, un scénario complexe et inventif, des dialogues jubilatoires, créé la surprise dans des choses plus anecdotiques. Pour exemple, qui d'autre aurait pu faire cette fameuse scène comique où le Ku Klux Klan est réduit au plan de secte minable et non-organisée (gros éclat de rire du film) ? Qui d'autre aurait pu mettre du rap US dans un western ? Qui aurait l'esprit assez tordu pour créer un personnage noir, lui-même raciste des noirs (Samuel L. Jackson, dépassé, à l'image du Jules prêt à prendre sa retraite de tueur à gages à la fin de Pulp Fiction, et pourtant, c'est bel et bien le meilleur acteur de Django Unchained, car il est très complexe) ? Tarantino ose tout, et c'est ce qui fait la force de son cinéma. Il filme, écrit, monte, dirige, avec une telle passion que ça se voit à travers l'écran. N'oubliant pas de faire un joli cameo, de ''mélanger'' les langues comme dans Inglourious Basterds, QT progresse dans sa quête : il fait ses films pour se faire plaisir, mais il arrive de plus en plus à toucher son public.
En résumé, cultivé, virtuose de la caméra et du script, meilleur directeur d'acteur, Quentin Tarantino sait prendre des risques (Leo en méchant, inédit), et prouve une nouvelle fois, avec son dernier film, toute l'étendue de son talent, et s'installe confortablement sur le trône du réalisateur le plus passionné-fou du moment.