Synopsis : Jenny est maîtresse d'école. Son petit ami et elle quittent Londres pour passer un week-end romantique au bord d'un lac. La tranquillité du lieu est perturbée par une bande d'adolescents bruyants et agressifs qui s'installent avec leur Rottweiler juste à côté d'eux. A bout de nerfs, ces derniers leur demandent de baisser le son de leur radio. Grosse erreur !
La seule idée qu'un enfant puisse être capable de torturer physiquement un inconnu effraie, et cela, les producteurs de Eden Lake l'ont bien compris. Oubliez les monstres à tentacules et au sang jaunâtre, oubliez Norman Bates, Jack Torrance et John Kramer. Ici, ce sont des ados qui terrorisent de pauvres innocents, à coups de cutter dans la bouche et de couteau dans le ventre. On pourra être complètement traumatisé, apeuré, paralysé devant tant de violence, on en ressortira brouillé, mais conscients d'avoir assisté à l'une des expériences les plus déroutantes de la décennie.
Dans Eden Lake, on sent dès le début que les limites seront forcement dépassées, tant l'évocation du ''monstre humain'' dérange. De plus, et malgré un gore modéré, il y a dans ce film une réelle envie de montrer ''l'inmontrable'', de pousser encore plus loin dans le morbide. C'est ainsi que nous assistons, effarés, à un enchainement d'une violence inouïe où même les enfants ne sont pas épargnés. Après les avoir vu emmerder, pourchasser, torturer, c'est leur mise à mort que nous regardons. Nous savons pertinemment qu'ils méritent ce qu'ils viennent de subir, mais ce sont des enfants, et le film joue sur le choc que peut provoquer la vision d'un jeune brulé vif ou d'une adolescente mal dans sa peau, renversée par une voiture. D'un autre coté, il y a les deux victimes. Après avoir passé de longues minutes dans leur intimité, nous devons les aider à survivre à cette bande de jeune qui manifeste de plus en plus un comportement violent. Et là, sans prévenir, arrive l'une des scènes les plus marquantes de ces dernières années : l'homme, hurlant de douleur, attaché par des barbelés et blessé par des jeunes qui le saignent à tour de rôle. Derrière, nous vivons la scène à travers les yeux de la femme, des yeux qui pourraient très bien être les nôtres. Là où l'horreur semble atteindre les sommets, le film s'engage dans un schéma de film course-poursuite, qui emmènera notre héroïne au fond d'une poubelle pleine de merde, l'obligeant également à se cacher dans l'eau du lac et à s'enlever un immense clou enfoncé profondément dans son pied.
Là où le film tire son épingle du jeu, c'est dans la réussite de l'organisation des personnages (on a une profonde compassion pour les gentils, et presque pitié des méchants). L'excellent jeu des acteurs et la belle écriture de leurs rôles rend le film bien plus vivant, bien plus réel. Le film repose sur une sorte de communication forte entre lui et les spectateurs. Eden Lake semble vouloir surenchérir dans ce fameux système où il ne faut pas avoir peur de montrer ce que les gens n'aiment/ne veulent pas voir, comme pour les impressionner. L'effet est immédiat : on n'arrive pas à se sortir de ce climat nauséabond, à se débarrasser de cette immense boule dans notre ventre. Insidious, Shining ou Paranormal Activity nous ont rendu phobiques des fantômes, Alien et Cloverfield des extraterrestres et Les Griffes de la Nuit du boogeyman ; Eden Lake, lui, fait peur tout court, pour la seule raison que ce genre de tueurs (enfants turbulents) peut se croiser à chaque coin de rue, dans le monde réel, le nôtre. Psychologiquement insoutenable, le film de James Watkins est peut-être l'un des plus traumatisant de sa génération, et d'ores et déjà un pilier du cinéma d'horreur. Le monde n'est pas prêt d'oublier la scène finale (dans la salle de bain), véritable épreuve pour les nerfs, suivi d'un plan énigmatique où le ''monstre'' se regarde dans le miroir, sans remords, fier. La simple idée d'un meurtrier sans cœur en dit long sur le message du film, qui, en plus d'être un tour de force chamboulant, est une véritable œuvre dénonçant la nature humaine.
En résumé, quand je disais, en début d'article « Oublier John Kramer », c'était, bien sûr, une blague.