Synopsis : Un couple, Roméo et Juliette. Un enfant, Adam. Un combat, la maladie. Et surtout, une grande histoire d'amour, la leur...
Histoire sincère et touchante d'une guerre. Celle contre la maladie. Cette guerre où il est plus important de ne pas perdre que de véritablement gagner. Cette guerre qui n'a pas vraiment de fin, et qui marquera à jamais les esprits de ceux qui y ont participé, voire assisté... A la fois documentaire (scènes détaillées, histoire proche de nous, narrateurs) et pur film de fiction (mise en scène ''bordélique'', scènes indépendantes des unes des autres en fonction de la façon de filmer), La Guerre est déclarée, film français de l'année, est avant tout là pour témoigner. Illustrant à merveille un (gros) problème du quotidien, le film apporte aussi un peu de fraicheur au cinéma de son pays. Avec notamment un très bon choix de musiques, scènes drôles, et surtout de l'humain, de l'émotion, donc, et pas mal de bonnes intentions visant directement le spectateur.
Enfantin, émouvant et percutant, La Guerre est déclarée n'a pas de prétention, ne semble même pas vouloir marquer et/ou impressionner. Partant d'une simple idée de témoignage qui aurait pu rapidement passer à la trappe et se révéler ''anecdotique'', le film de Valérie Donzelli n'est pas passé inaperçu en cette rentrée des classes. Et penser à la coïncidence serait vraiment rabat-joie. Pourquoi ? Car ça faisait tout simplement des années qu'on attendait un film de ce genre. Un film qui peut se vanter de toucher un public restreint, tout en en attirant un plus large. Un film tout sauf pompeux, qui réussi ce qu'il veut faire, avec les moyens du bord et sans tentatives d'aller encore plus haut. Un film qui se contente d'être simple, 100% modeste, ce qui peut parfois être bon.
Traitant d'un sujet grave avec une justesse affolante, La Guerre est déclarée donne de l'espoir tout en apportant une conclusion pessimiste (la métaphore de la guerre arrive une nouvelle fois) : Comment gagner une guerre sans laisser quelques hommes à terre ? Ou comment lutter contre la maladie d'un fils, sans être rongé de l'intérieur et perdre tout contrôle ? Le film est d'autant plus pessimiste dans son approche très intime des personnages, dans l'humanisme qu'elle donne à ces derniers en montrant l'immensité de leur courage et de leur patience (l'approche est optimiste, mais le film prouve qu'avec les meilleures intentions du monde et une force sans égal, parfois, ça ne suffit même pas). On pourra toujours critiquer la façon dont le sujet est abordé (les parents semblent prendre leur problème du bon côté, sans presque jamais craquer, voire même en en rigolant), toujours critiquer l'étrangeté de la réalisation (chaque scène doit être prise à part car aucune n'est filmée de la même façon : couleurs, position de la caméra, vitesse de filmage, riens n'est comparable au fil des scènes), et la facilité des dialogues (même si certains sonnent un peu faux, même si certaines réactions et situations sont exagérées, rien ne nous interdit de croire que tout cela est fait volontairement, ce qui, dans ce cas-là, tiendrait du génie).
Portrait d'une famille unie lorsque l'un des membres semble faillir, on gardera un souvenir à la fois étrange et agréable de ce film. Parfois digne d'un chef d'œuvre, parfois à la limite du ridicule, on restera surpris de cette étrange aventure, de cette fabuleuse histoire qui aura su nous prendre aux tripes, relâchées uniquement à l'arrivée du générique, suivant une scène finale touchante, stoppant l'hémorragie d'une heure quarante de bonheur douloureux. On n'est pas près d'oublier l'histoire de Roméo et Juliette, pas celle où la douleur succède au bonheur, celle où la douleur est toujours présente, mais constamment masquée par une sorte d'énergie (transmise des personnages jusqu'aux spectateurs), une énergie qu'on aimerait recevoir plus souvent au cinéma.
En résumé, cette petite perle du cinéma français ne se regarde pas : elle se vit, se ressent, se propage dans tout notre corps et surtout notre esprit, pour que nos têtes se souviennent jusqu'à leur mort de ce fabuleux conte réservé aux adultes qui ont encore gardé leur âme d'enfant.