Synopsis : A Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre en se dotant du système de prévention / détection / répression le plus sophistiqué du monde. Dissimulés au cœur du Ministère de la Justice, trois extra-lucides captent les signes précurseurs des violences homicides et en adressent les images à leur contrôleur, John Anderton, le chef de la "Précrime" devenu justicier après la disparition tragique de son fils. Celui-ci n'a alors plus qu'à lancer son escouade aux trousses du "coupable"... Mais un jour se produit l'impensable : l'ordinateur lui renvoie sa propre image. D'ici 36 heures, Anderton aura assassiné un parfait étranger. Devenu la cible de ses propres troupes, Anderton prend la fuite. Son seul espoir pour déjouer le complot : dénicher sa future victime ; sa seule arme : les visions parcellaires, énigmatiques, de la plus fragile des Pré-Cogs : Agatha.
Polar futuriste du grand Steven Spielberg, Minority Report nous livre, en plus d'une vision très pessimiste du futur, une grande histoire parsemée de rebondissements et d'ambiguïtés. A la manière de Blade Runner (les deux films étant inspirés de deux romans de Philippe K. Dick), il nous emmène dans l'avenir, un avenir crade, noir, technologique, avec de la misère, des gentils et beaucoup de méchants. Tourbillon décoiffant, muni d'effets spéciaux impressionnants et d'une panoplie de trouvailles, Minority Report est sûrement le film de SF le plus sophistiqué, et le film le plus abouti de Spielberg. Bien au-delà du lot de scènes mémorables (le changements des yeux, les poursuites, la découverte du premier crime), il y a une vraie ambiance dans ce film, une atmosphère dérangeante, provoquée par la crédibilité de l'histoire (plus qu'une vision du futur, le film est carrément une anticipation sur l'avenir de la planète, et de la police). Cette histoire nous saisit à la gorge, nous bouscule, nous perturbe. John est nous, et nous sommes John. Son histoire, son passé, son présent, et surtout son futur (Minority Report joue avec l'avenir, ce qui provoque toute son ambiguïté), tout cela nous concerne (on doit cette empathie à la superbe interprétation de Tom Cruise).
Compliquée, l'intrigue se veut en plus truffée de moments improbables mais forcement jouissifs (John et Agatha cachés par le vendeur de ballons, la traque des robots-araignées). En fait, le film a tellement de choses à montrer que le rythme ne baisse jamais, on a même l'impression qu'il est impossible de stopper Spielberg dans sa course. En plus de livrer une réalisation somptueuse (image sublime, prises de vues inédites, effets visuels maitrisés), il contrôle son film, sans laisser le moindre déchet (aucune scène inutile, dialogues rapides et efficaces). Durant un long périple de plus de deux heures, il affole par sa forme, par l'élégance de sa réalisation, et surtout par la rapidité d'exécution de son film (tout s'enchaine avec une vitesse, une fluidité sans nom). En plus de cela, il livre une intrigue malfaisante, angoissante, et au final, trépidante. Sans pouvoir y toucher, elle nous fait considérablement monter, loin, dans les cieux, comme si Spielberg parvenait à transcender son spectateur. Avec un jeu de lumière parfait, des couleurs magnifiques et une photographie atypique, le réalisateur avoue sa puissance au public, et ce déballage provoque de l'admiration et ne peut qu'inspirer le respect.
Vu du ciel, Minority Report semble survoler le reste du monde, il semble tellement maitrisé que cela en devient inquiétant. Mais plus que de faire trembler un spectateur happé par une intrigue haut-de-gamme, il le fait s'envoler, perturbé par les images qu'il contemple. C'est donc un film abouti que nous offre le réalisateur, un film complet, sans failles ni points faibles. Il nous fait nous éblouir, nous explose la rétine, fait s'entrechoquer nos méninges. Spielberg met tout en place pour que son film soit un chef d'œuvre. Et par ce qu'il réussi à faire subir aux spectateurs et – par pur objectivité – par la magnificence de son travail, son film ne peut être qu'un chef d'œuvre, devenu déjà intemporel, presque inhumain. Alors, bien sûr, on y retrouve les nombreux élément des ''bons'' films américains (les gentils qui affrontent les méchants, un happy-end), mais par ce stéréotype du film américain, Spielberg en fait une œuvre peu anodine en emmêlant les clichés entre eux, en brouillant les pistes (Qui sont vraiment les gentils ? Les méchants ?). On en demandait pas tant de sa part, et c'est ce qui fait la force du film : c'est la capacité de faire d'une œuvre ''sage'' en apparences, un film totalement génial qui joue avec la chronologie et apporte une vraie réflexion.
En résumé, brillantissime du début à la fin, Minority Report est ce genre de film qui vous fait toucher les sommets dès le début, pour finalement vous faire retomber doucement à l'approche du générique, après la découverte d'un twist ending mémorable.