Synopsis : C'est à la tombée du jour que Jungle Julia, la DJ la plus sexy d'Austin, peut enfin se détendre avec ses meilleures copines, Shanna et Arlene. Ce TRIO INFERNAL, qui vit la nuit, attire les regards dans tous les bars et dancings du Texas. Mais l'attention dont ces trois jeunes femmes sont l'objet n'est pas forcément innocente. C'est ainsi que Mike, cascadeur au visage balafré et inquiétant, est sur leurs traces, tapi dans sa voiture indestructible. Tandis que Julia et ses copines sirotent leurs bières, Mike fait vrombir le moteur de son bolide menaçant...
Au pays de Tarantino, de belles femmes se trémoussent, picolent, draguent et discutent de tout et de rien, dans leur voiture ou dans un bar. Au pays de Tarantino, on voue un culte particulier aux voutes plantaires féminines et aux belles bagnoles. Au pays de Tarantino, s'enchaine des discutions longues et interminables, pour laisser place à des scènes d'actions particulièrement bien filmées et sanglantes. Au pays de Tarantino, on balance des hommages et des allusions à tous les éléments du décor et dans toutes les répliques, personne ne comprend, mais c'est juste génial. Au pays de Tarantino, l'industrie du cinéma est fleurissante, et les chefs d'œuvres s'enchainent à une allure folle. Car chez QT, on ne plaisante pas avec le passé. Né d'un diptyque en hommage aux films d'exploitations nommé Grindhouse (featuring Planet Terror de Robert Rodriguez), Boulevard de la mort (Death Proof en VO, avouez que la traduction est une nouvelle fois de grande qualité) est sûrement l'un des films les plus impressionnants de son réalisateur. Démoli par bons nombres de cinéphiles, mais bien apprécié de la presse, l'avant-dernier film de QT est le film le plus linéaire de son créateur, le moins compliqué, mais sûrement le plus travaillé, le plus aboutit, en fait.
Comme déjà dit plus haut, Boulevard de la mort s'organise d'une manière assez étrange : 50 minutes de dialogue (des jolies bimbos parlent de sexe, nourriture, télévision et musique avec 30 verres de différents alcools dans le nez, harcelées par les hommes qui veulent se les faire dans leur pick-up), 10 minutes d'action pure et dure qui se termine par un dénouement gore absolument gigantesque, puis 30 minutes de dialogue (encore des filles qui parlent de tout et de rien) et enfin 20 minutes de course-poursuite haletantes. Tarantino, on aime, ou pas. Mais ce qui caractérise son cinéma, c'est la façon dont tout ce qui a marqué ses précédents films soit repris dans ceux qui suivent, comme si toute l'œuvre du cinéaste n'était qu'une longue saga dont les films ne parlent jamais de la même chose, mais sont toujours tournés de la même façon (sang, dialogues, culture pop, …). Ainsi, la sonnerie du téléphone d'une fille laisse entendre l'une des musiques entendues dans Kill Bill, le Big Kahuna Burger, évoqué déjà dans Pulp Fiction est plusieurs fois mentionné, la scène dans le restaurant dans la deuxième partie du film est filmée de la même façon que la scène d'entrée de Reservoir Dogs, et enfin, les cigarettes Red Apple sont une nouvelle fois ancrées dans le décor du film de Tarantino.
Parfois, le réalisateur peut énerver (on pense à la scène finale ou encore à la façon dont il rend hommage aux vieux films d'exploitations : grain très grossier, sautes d'images), il peut même paraître imbuvable dans la façon dont il déploie toute son armada culturelle (s'imposant comme le vrai patron du lieu, un peu comme un prophète omniscient, genre M. Je-sais-tout que se la pète et ramène sa science sans cesse), mais son film ne laisse jamais le doute : son génie permet de rattraper toutes les petites boulettes qu'il commet, et à la fin, on en redemande. Pourquoi ai-je adoré Death Proof ? Peut-être est-ce parce que les actrices sont très jolies (Vanessa Ferlito et Mary Elizabeth Winstead sont indubitablement irrésistibles, et au sommet du sommet de ce qu'on appelle le sex-appeal), ou que les poursuites en voitures sont filmées comme jamais auparavant. Ou peut-être est-ce parce que le personnage joué par Kurt Russell est l'un des tueurs les plus énigmatiques vus au cinéma depuis celui de Jack Torrance ou John Coffey. Je pense que c'est tout simplement le fait que le cinéma de QT, bien que parfois radoteur, se renouvelle sans cesse, même si les films semblent faits de la même façon. Ce qui est particulièrement jouissif dans le cinéma de ce fabuleux metteur en scène, c'est que sa mentalité ne change pas, son cinéma non-plus, mais que la corde ne s'use jamais. Offrir un spectacle d'une telle intensité, bourré d'hommages et de dialogues savoureux, ainsi que quelques scènes d'anthologies (la scène du lapdance, bien qu'inutile pour l'intrigue du film, reste l'une des plus abouties de l'œuvre de Quentin Tarantino), c'est pas donné à tout le monde. Et le faire sur plusieurs films, c'est encore plus rare.
En résumé, encore un film d'une qualité indiscutable de la part de Tarantino, pour le grand bonheur des fans (et je pense que j'en fait parti).