Synopsis : Alors qu'il mène sa vie sans histoire d'animal de compagnie, Rango, caméléon peu aventurier, est en pleine crise d'identité : à quoi bon avoir des ambitions quand tout ce qu'on vous demande, c'est de vous fondre dans la masse ? Un jour, Rango échoue par hasard dans la petite ville de Poussière, dans l'Ouest sauvage, où de sournoises créatures venues du désert font régner la terreur. Contre toute attente, notre caméléon, qui ne brille pas par son courage, comprend qu'il peut enfin se rendre utile. Dernier espoir des habitants de Poussière, Rango s'improvise shérif et n'a d'autre choix que d'assumer ses nouvelles fonctions. Affrontant des personnages plus extravagants les uns que les autres, Rango va-t-il devenir le héros qu'il se contentait jusque-là d'imiter ?
D'un coté, on a l'animation, un genre très spécifique qui nous promet humour, action, belles images et divertissement de qualité. De l'autre, il y a Gore Verbinski, le créateur de Pirates des Caraïbes (rien que ça). Qui dit réalisateur réputé dit film intelligent, et on s'attend donc à un film animé qui respecte les codes du genre, tout en étant plus subtil. Rango s'annonce donc comme un gros doigt d'honneur aux Disney et aux Pixar, et quand c'est Johnny Depp qui prête sa voix (belle performance vocale de ce dernier, en effet) à ce fameux caméléon, il y a de quoi faire venir des foules de spectateurs (petits, grands, même combat). En effet, il y avait du monde dans la salle : l'odeur du pop-corn et les rires enfantins rappellent la séance de Toy Story 3 de l'année dernière, qui avait été une jolie claque. Bien que très divertissant et culotté, Rango ne casse pas trois pattes à un canard, et c'est là d'où vient les nombreux problèmes que rencontre ce film.
Qu'est-ce qui fait le succès d'un Disney ? La technique ? Oui, mais celle de Rango est égale à celle des Disney (pour ne pas dire supérieure). Alors il y a le scénario, simple, mais très efficace, qui ne laisse aucune place à l'ennuie. Le film de Gore Verbinski, lui, souffre de quelques longueurs (un film d'animation de près de deux heures, c'est déjà peu anodin) qui font un peu retomber le suspense, présent dans beaucoup de scènes d'action particulièrement jouissives (courses-poursuites avec le rapace, la bataille avec les chauve-souris, …). Donc, avec un scénario qui pêche par ses moments inutiles et son rythme bien trop saccadé, Rango est déjà bien en-dessous de ce qu'on peut considérer comme le must du film d'animation. Mais s'il n'y avait que ça, la note serait encore moins salée (bien qu'elle ne soit pas si mauvaise que ça). Il y a aussi un manque cruel d'approfondissement des personnages. Là où un Pixar sait rendre n'importe quel protagoniste secondaire (voir tertiaire) attachant à nos yeux, le film de Verbinski parvient à peine à donner du volume à Rango, qui est pourtant le personnages principal. On le voit avancer, se trouver une nouvelle raison de vivre, se poser des questions sur sa propre personnalité (avec la fameux To be or not to be en fond d'écran philosophique), mais son personnage ne provoque rien de nouveau. Pas un seul instant son destin nous préoccupe, pas un seul instant nous vibrons avec lui et essayons de penser comme lui. Par ailleurs, les autres personnages n'ont rien de sympathiques : ils sont laids, parlent peu, et ne jouent pas un rôle important (le personnage de Fève est juste là pour apporter cette touche de féminité et de glamour à l'histoire, mais elle aurait très bien pu ne pas exister).
En fait, il y a plein de choses qui ne vont pas dans Rango, malgré une technique irréprochable (de très beaux plans et couleurs) et beaucoup d'action. Tout d'abord, on pourrait remarquer le fait que Verbinski reprend ce qui avait marché dans Pirates des Caraïbes (les cloportes remplacent les crabes ; Rango, par ses mimiques, ressemble beaucoup à Jack Sparrow) et qu'il prend un malin plaisir à rendre hommage aux westerns (beaucoup d'allusions au cinéma de John Ford et à Clint Eastwood). Tout ceci n'est pas propre à un dessin animé, c'est même assez innovant, mais pas assez percutant pour que ça passe bien. En fait, à vouloir trop innover dans le genre, Verbinski s'éloigne des codes du cinéma d'animation, et offre donc un spectacle très proche des films ''réels'', ce qui passe beaucoup moins bien à travers un film animé. Ensuite, il y a certains points qui ne marchent pas très bien : les narrateurs musiciens, c'est sympa au début, mais ça n'apporte rien à l'histoire et ça devient vite gavant, à la fin. Malgré quelques scènes d'anthologie, quelques rebondissements et une intrigue simple mais rondement menée, Rango est tout de même très téléphoné (le coup du Maire corrompu et du final qui, bien que très haletant, est un peu foiré). Ceci peut donc nous laisser penser que le film n'est pas si subtil qu'il en à l'air. Tout compte fait, Rango doit s'apprécier au premier degré, alors nos espérances d'innovation du genre, on peut se les mettre là où je pense (encore une fois)...
En résumé, un divertissement de qualité, mais de grosses faiblesses (rythme, personnages) sont au rendez-vous dans ce film d'animation où la bonne humeur passera bien au-dessus de la réflexion et la psychologie, ce qui est pas mal décevant, venant de Verbinski.