Synopsis : A Hollywood, durant la nuit, Rita, une jeune femme, devient amnésique suite à un accident de voiture sur la route de Mulholland Drive. Elle fait la rencontre de Betty Elms, une actrice en devenir qui vient juste de débarquer à Los Angeles. Aidée par celle-ci, Rita tente de retrouver la mémoire ainsi que son identité.
Dix ans que le chef d'œuvre de David Lynch est sorti, et toujours autant de mystère plane sur Mulholland Drive, dont l'intrigue reste et restera l'une des plus complexes de tous les temps. Rêves qui s'entrecoupent et se mélangent, différents points de vues mis en valeur, réalité, flashbacks, flashforwards, Lynch perturbe son spectateur qui semble tout comprendre et tout contrôler au début, pour finalement se faire surprendre par un final époustouflant. Entre temps, l'intrigue, parfaitement menée, emmène doucement le spectateur au septième ciel. Le réalisateur, par un jeu de couleurs aveuglant et une mise en scène magnifique et maitrisée, hypnotise son public, happé par la magnificence des images et la complexité de l'histoire.
Tout pourrait être facile dans Mulholland Drive, tout pourrait être linéaire, raconté en une seule partie, avec un seul point de vue. Mais à la façon de Pulp Fiction (qui se savoure surtout par sa narration inversée), Lynch puise sa puissance dans l'ambiguïté de son récit, balayant tout sens conventionnel pour éblouir un spectateur qui se perd dans une spirale infernale qu'il ne peut contrôler. Par-dessus une intrigue haletante, c'est une vraie histoire d'amour qui se présente à nos yeux : la première est entre le réalisateur et le cinéma (l'histoire se passe à Hollywood, et il y a de nombreux clins d'œils à différents films cultes ; et l'intrigue se base essentiellement sur un tournage de film et sur un casting), l'autre entre deux femmes, décomplexées, parfaitement sexy, offrant l'une des scènes d'amour les plus réussies de tous les temps. Le film, mélangeant les genres, sème une nouvelle fois le trouble chez le spectateur, qui ne sait plus trop sur quoi se reposer (romance, policier, thriller, horreur, fantastique, comédie ?).
Faisant de chaque dialogue un atout (dans ce film, chaque mot, chaque battement de cil fait référence à quelque chose, et peut nous diriger vers la clé du mystère) et de la musique un fort vecteur de la mise en abîme, Lynch organise le film parfait, emmêlant des nœuds jusqu'à ce qu'il nous soit impossible de les dénouer, multipliant les rebondissements pour gagner du terrain à chaque scène. Car le metteur en scène, par un jeu particulièrement bluffant, prend l'ascendant sur son adversaire (nous, ébahis, et pressés de connaître le dénouement de ce fabuleux mystère), qui ne sait finalement plus où aller, quoi faire. En nous manipulant de la sorte, Lynch nous scotche sur notre canapé. Même si l'intrigue, au final, nous a complètement échappée, il serait fortement étrange de ne pas s'agenouiller devant ce chef d'œuvre, ce labyrinthe qui éveil nos sens à chaque plan du génial David Lynch. Curieusement, l'avis que l'on se fait entre la fin du film, et la dernière ligne de l'explication sur internet, ne change absolument pas. Qu'on le comprenne ou pas, Mulholland Drive passionne de la même façon. Une fois le dénouement compris, tout s'éclaire dans nos têtes, bien que l'avis sur ce film ne soit déjà défini. Car, au final, quand un film aussi ambiguë parvient à nous chambouler de cette façon, savoir ce qu'il exprime vraiment n'a que peu d'importance. Après la première vision, une deuxième s'imposerait presque dans la foulée, pour prendre conscience du travail du réalisateur, qui nous donne des indices bien avant les premières scènes. Désenchanté, époustouflé, éblouit, le spectateur en ressort essoufflé, content d'avoir pu assister à autant de maitrise pendant plus de deux heures (qui passent d'une vitesse folle) et d'avoir enfin pu participer à un chef d'œuvre interactif, mêlant chaque ingrédient des meilleurs films. Bien que très compliqué, Mulholland Drive s'impose déjà comme un chef d'œuvre hors du temps, mésestime lors de sa sortie, mais considéré par beaucoup comme le meilleur film des années 2000.
En résumé, parfaitement orchestré, cette descente aux enfers, aussi complexe soit-elle, nous fait voyager, questionner, rêver ; jamais un film n'avait autant provoqué de sensations.