Synopsis : Meg Altman, la trentaine, a très mal vécu la séparation avec son mari et angoisse à l'idée de devoir élever seule sa fille Sarah. Afin de commencer une nouvelle vie loin de ses craintes, Meg achète une immense et splendide maison située dans un quartier huppé à l'ouest de New York. Son ancien propriétaire y a fait construire au dernier étage une pièce de sûreté dans laquelle on peut se réfugier en cas de menace extérieure et rester enfermé de nombreux jours grâce aux provisions qu'elle contient. Cependant, Meg n'aurait jamais pensé s'en servir dès le premier soir. En effet, trois cambrioleurs, Burnham, Raoul et Junior, ont pénétré dans la maison avec la ferme intention de dérober une somme de quatorze millions de dollars cachée par l'ancien maître des lieux. Tout porte à croire que ce butin est dissimulé dans la pièce de sûreté, là où se sont réfugiées Meg et Sarah.
Tout le monde le sait, David Fincher est un maître de la réalisation. Ce cinéaste ambitieux qui a prouvé à de nombreuses reprises l'étendu de son talent, démontre avec brio dans ce Panic Room qu'on peut faire beaucoup de choses sur une histoire simple et revisitée des centaines de fois. Et quand on offre en parallèle une mise en scène clinquante et presque prétentieuse, on ne peut que savourer son film, car son pari de montrer au public une réalisation inventive et percutante est réussi haut la main. Il faut dire que le brillant cinéaste qu'il est sait comment s'y prendre avec les caméras. Il ne nous épargne pas en mettant en scène des images très kitch et assez improbables : un long travelling qui traverse toute la maison pour voir évoluer l'effraction des voleurs, la caméra traverse le plancher, monte de plusieurs étages, zigzague entre les meubles, traverse l'anse d'une cafetière et finit son parcours dans la serrure d'une porte. Outre ce fabuleux plan-séquence bluffant, on retiendra aussi la capacité de nous éblouir lorsque la caméra fait un gros plan sur l'ampoule d'une lampe de poche, ou la manière angoissante de filmer l'angoisse des deux victimes. Fincher, avant même de nous faire aimer l'histoire qu'il raconte, veut faire de son Panic Room une œuvre marquante, pas seulement dans la violence qu'elle contient, mais dans l'organisation méticuleuse des scènes qui se succèdent avec une justesse affolante.
Ainsi, avec de nombreux zoom-arrières et zoom-avants qui se multiplient, de ralentis à couper le souffle (la scène où Foster sort de la cachette pour récupérer son portable est sûrement l'un des plus beaux moments de suspense qu'il m'est été donné de voir), Fincher organise son film d'une manière peu commune. Il laisse l'action se faire doucement, puis lâche les chevaux dans une scène finale mémorable, nettement plus violente que tout le reste du film, mais très efficace. Mais Panic Room n'est pas un thriller comme les autres. Il puise son originalité dans les personnages des méchants, trois protagonistes complètement différents qui s'en donnent à cœur-joie pour faire vivre ce cambriolage. Junior (Jared Leto, hilarant) est le plus drôle, le plus agité, mais en même temps le plus con et le moins ''professionnel'' de la bande ; Raoul (le terrifiant Dwight Yoakam) dont on ne voit pas la tête (d'ailleurs, j'ai été déçu de voir son visage dans les derniers instants du film, son visage cagoulé laissait du mystère dans son personnage, mystère estompé à la fin) ; Burnham (le magnifique Forest Whitaker) est le plus calme, le plus diplomatique, et c'est surtout le ''méchant le moins méchant de la bande''. Contrairement à ce qu'on aurait pu le penser, c'est de loin le casting masculin qui l'emporte dans Panic Room, alors que les deux personnages principaux sont deux fille (Jodie Foster en mère malheureuse et terrifiée et Kristen Stewart – la future Mlle Twilight – en jeune fille un peu turbulente s'en sortent plutôt bien, mais paraissent bien fades comparé au talent des trois autres lascars). Et c'est justement sur les performances des trois cambrioleurs que Fincher élabore sa thèse de faire ''aimer les méchants autant que les gentils''. On a bien sûr peur pour Meg et Sarah, mais on ne peut jamais penser à un seul instant que Junior ou Burnhman (on a cependant plus de doutes sur Raoul qui semble beaucoup plus fou que les deux autres) ne lèveront la main sur les deux femmes. Et à l'approche du final, voir Burnhman s'en aller avec le fric nous soulage presque (son personnage est plein d'humanité, il est doux et n' pas hésité à aider Sarah quand elle allait mal, alors que c'était elle la victime, et lui le bourreau). Mais le bain de sang final (suspense garanti) nous fait nous rabattre un peu plus sur les deux victimes qui doivent une nouvelle fois s'en sortir face à toute cette violence. L'arrivé de la police est en même temps un soulagement (happy end pour les deux Meg et Sarah), mais aussi un déchirement (la fin du rêve pour Burnham). Là où Fincher avait raté son final dans The Game, il le réussi haut la main pou Panic Room, qui est désormais, selon moi, un chef d'œuvre du septième art.
En résumé, un film qui sait en même temps jouer avec la comédie, l'horreur et le suspense ; on retiendra aussi une réalisation très ''tape-à-l'œil'' accomplie grâce à une simulation 3D remarquable (comme quoi, il est plus sain d'utiliser la technologie pour des choses vraiment utiles).